Alexandre Maral, avec la collaboration de Cyril Pasquier
Les catalogues raisonnés d'inventaire de collection de musée produits par la RMN-GP
Logotype du château de Versailles
Jardins de Versailles Bosquets disparus Bosquet de la Salle des antiques

Bosquet de la Salle des antiques

Connu aussi sous l’appellation, plus courante, de Galerie d’eau, le bosquet de la Salle des antiques fut aménagé à la fin des années 167011. Maral, 2014.. Le premier document qui puisse explicitement être mis en rapport avec le nouveau bosquet est daté de décembre 1678 : il s’agit d’un « Mémoire du plomb et soudure fournis pour le roy », qui mentionne la « nouvelle fontaine proche les Sources22. Mémoire du plomb et soudure fournis pour le roi en 1678, à la date du 11 décembre 1678. ». La Galerie d’eau fut en effet réalisée au sud de l’allée diagonale reliant le bassin de Saturne à celui d’Apollon, à proximité du bosquet des Sources.

De la Galerie d’eau à la Salle des antiques

La première configuration du bosquet de la Galerie d’eau est connue par les deux plans généraux des jardins, qui peuvent être datés de 1678-1679, le premier conservé à la bibliothèque de l’Institut de France33. Agence des Bâtiments du roi, vers 1685, fol. 70. et le second, plus complet et dû à Israël Silvestre, au département des Arts graphiques du musée du Louvre (fig. 1)44. Silvestre, 1678-1679.. La Galerie d’eau y apparaît dans sa forme longitudinale, caractéristique, et, fermé sur lui-même, le bosquet n’est accessible que par une seule entrée, latérale, comme s’il s’agissait d’un espace confidentiel. L’intérieur du bosquet est formé d’une île ceinturée par un étroit canal. Deux bassins occupent les extrémités de ce dernier, deux autres, indépendants, sont placés dans des renfoncements latéraux, tandis que l’île elle-même accueille encore deux autres bassins, rectangulaire à l’est, circulaire à l’ouest.

Jardins de Versailles - Plan général des jardins du château de Versailles
fig. 1 - Israël Silvestre, Plan général des jardins du château de Versailles (détail), 1678-1679. Dessin. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, Fonds des dessins et miniatures, Réserve des grands albums, Album Silvestre Israël, fol. 6 (Inv. 33014 recto) © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Le bassin oriental relié au canal fut l’objet d’une gravure de Pierre Lepautre (fig. 2), datée de 1679 et montrant une « statue de bronze d’une Vénus élevée sur un bassin de marbre blanc, faisant un des ornemens de la fontaine appellée la Gallerie d’eau » (ou « Porticus Aquea » selon la lettre latine de la gravure).

Jardins de Versailles - Statue de bronze d’une Vénus élevée sur un bassin de marbre blanc, faisant un des ornemens de la fontaine appellée la Gallerie d’Eau
fig. 2 - Pierre Lepautre, Statue de bronze d’une Vénus élevée sur un bassin de marbre blanc, faisant un des ornemens de la fontaine appellée la Gallerie d’Eau, 1679. Gravure. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, GR 157 © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

L’œuvre (Vjs 1226) est exaltée au sommet d’un piédestal de forme complexe – comportant des concrétions calcaires, une grande vasque et des consoles à motifs de feuillages – et faisant office de fontaine. D’autres éléments sculptés figurent sur la gravure : de petits vases qui ponctuent la margelle du bassin et, semble-t-il aussi, du canal. Aucune de ces sculptures, d’auteurs inconnus, n’est attestée par les descriptions et inventaires postérieurs : elles ont donc probablement disparu à une date assez précoce55. Acquise en 1950 auprès de Gouvert et Georges, la statue de Vénus en plomb conservée au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (V 3044 ; MV 7644) ne saurait provenir de la Galerie d’eau : à l’instar des groupes de plomb réputés provenir des jardins de Versailles et mis en vente, notamment par Paul Gouvert, au xxe siècle, jusque dans les années 1950, elle fait partie de ces plombs fabriqués par des antiquaires peu scrupuleux (Maral, 2012, p. 169)..

Le bassin occidental relié au canal est mentionné par les comptes des Bâtiments du roi en août 1680 : le sculpteur Jacques Houzeau est alors rétribué pour ses « ouvrages pour le Gouffre de la nouvelle fontaine du petit parc66. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1289. ». La nouvelle fontaine dont il est question est assurément la Galerie d’eau et l’appellation de Gouffre signifie que le bassin avait pour fonction d’évacuer l’eau par le sol. Le bosquet avait été en effet aménagé sur un terrain en déclivité, si bien que le canal ceinturant l’île, loin de former une douve aux eaux dormantes, permettait, par degrés successifs, l’écoulement de l’eau issue du bassin occidental vers le Gouffre. Au moyen de canalisations souterraines, l’eau était ensuite évacuée jusqu’au bassin d’Apollon. Ce dispositif est bien visible sur un plan qui peut être daté de 1680-1681, conservé aux Archives nationales (fig. 3).

Jardins de Versailles - Plan général des jardins de Versailles
fig. 3 - Agence des Bâtiments du roi, Plan général des jardins de Versailles (détail), 1680-1681. Dessin. Paris, Archives nationales, N/I Seine-et-Oise, no 36 © Archives nationales

Le plan des Archives nationales (fig. 3) indique la présence de vingt socles implantés dans le canal, de part et d’autre de l’île centrale. Mentionnés par les comptes des Bâtiments du roi en 1681, ces socles furent exécutés par les maçons Gourdon et Robert Rossignol, qui perçurent l’honorable somme de 7 997 livres 13 sols77. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 16, 62 et 92.. Avant avril 1681, date de l’achevé d’imprimer du guide de Combes qui les décrit en place, ces socles accueillirent des sculptures88. Combes, 1681, p. 105-109.. Selon l’inventaire de 1686, ces socles de pierre de liais étaient assez élevés, d’une hauteur de 5 pieds99. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1686, p. 86..

Sur le plan des Archives nationales (fig. 3), deux autres accès ont été ajoutés aux extrémités du bosquet. Cette modification peut être mise en rapport avec les paiements consignés entre juillet et novembre 1681 au serrurier Dorlot, rétribué pour avoir fabriqué une porte de fer « pour la nouvelle allée de la Galerie d’eau1010. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 18. » – ce qui laisse supposer que le bosquet était ceint d’une clôture, à l’instar de celui du Labyrinthe.

Jardins de Versailles - Profil de la Gallerie d’eau sur son plan
fig. 4 - Agence des Bâtiments du roi, Profil de la Gallerie d’eau sur son plan, vers 1685. Dessin. Paris, bibliothèque de l’Institut de France, ms 1307, fol. 62 © RMN-Grand Palais (Institut de France) / Adrien Didierjean

Une étape supplémentaire – et définitive – est connue par le plan partiellement en élévation conservé à la Bibliothèque de l’Institut de France (fig. 4), qui décrit un état postérieur à celui du printemps 16811111. Agence des Bâtiments du roi, vers 1685, fol. 62. Un autre plan, moins complet, est conservé au Nationalmuseum de Stockholm, THC 7696. Voir aussi le plan esquissé et coté, avec profil d’un socle, probablement contemporain de l’aménagement du bosquet, ainsi que, non daté, le Plan de la Salle des antiques ou Gallerie d’eau, tous deux conservés au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France (FOL-VA-78 (F,7), microfilms B 10887 et B 10886).. L’accès latéral originel a désormais disparu, ainsi que la statue en métal de Vénus (Vjs 1226), remplacée par un jet d’eau tournoyant. Ce dernier jaillit d’une vasque posée sur un support dont les formes diffèrent nettement de ce que qu’illustrait la gravure de Lepautre (fig. 2). Trois autres sculptures sont visibles : une dans l’allée occidentale et deux derrière les bassins médians du bosquet. Le document de la Bibliothèque de l’Institut indique aussi les emplacements des soixante-six lances d’eau du canal et des quarante-deux arbres de l’île, de même que les deux petits ponts permettant d’accéder à l’île. Dans ses grandes lignes, cet état est confirmé par un plan postérieur à 1686 (fig. 5), date de réalisation de la Colonnade, et antérieur à 1699, date de la mise en place du groupe de L’Enlèvement de Proserpine (MR 1865) au centre de cette dernière1212. Agence des Bâtiments du roi, vers 1690, pl. 7. : ce second document montre la présence de pas moins de quatorze bancs à l’intérieur du bosquet de la Galerie d’eau.

Jardins de Versailles - Plan de la Gallerie d’eau (A) et de la Collonade (B)
fig. 5 - Agence des Bâtiments du roi, Plan de la Gallerie d’eau (A) et de la Collonade (B), vers 1690. Dessin. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Vms 58, pl. 7 © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Hervé Lewandowski
Jardins de Versailles - Le bosquet de la Salle des antiques
fig. 6 - Israël Silvestre, Le bosquet de la Salle des antiques, vers 1685. Dessin. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, Fonds des dessins et miniatures, Réserve des grands albums, Album Pérelle, Silvestre, fol. 13 (Inv. 34225 recto) © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

L’aspect du bosquet est connu par un dessin non daté d’Israël Silvestre (fig. 6), conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre, et par l’esquisse, sans doute due à Nicodème Tessin, montrant le plan d’une moitié du bosquet avec schéma d’implantation des socles, élévations partielles de topiaires, sculptures et lances d’eau, tout comme le profil de la margelle du bassin (fig. 7).

Jardins de Versailles - Plan et élévations partiels du bosquet de la Salle des antiques
fig. 7 - Nicodème Tessin (attr. à), Plan et élévations partiels du bosquet de la Salle des antiques, vers 1687. Dessin. Stockholm, Nationalmuseum, NMH THC 2114:23:41 © Photo: Nationalmuseum

Le bosquet a surtout fait l’objet d’un relevé remarquablement précis par Jean-Baptiste Martin (fig. 8). C’est pour la galerie de Trianon, en 1688, que ce dernier a exécuté son tableau, le premier d’une série de vingt-quatre, dus à Jean Cotelle pour la plupart, évoquant les jardins de Versailles1313. Schnapper, Milovanovic, 2010, p. 209..

Jardins de Versailles - Vue perspective du bosquet de la Salle des antiques
fig. 8 - Jean-Baptiste Martin, Vue perspective du bosquet de la Salle des antiques, 1688. Huile sur toile. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 758 © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

En 1699, Jean Joubert réalisa aussi une vue du bosquet de la Galerie d’eau (fig. 9) : destinée à compléter la série des gouaches de Cotelle alors exposée au château de Meudon, elle a été acquise en 1971 par le musée national des châteaux de Versailles et de Trianon1414. Salmon, 2006, p. 62-63..

Jardins de Versailles - Le bosquet de la Salle des antiques avec Narcisse se mirant dans un bassin
fig. 9 - Jean Joubert, Le bosquet de la Salle des antiques avec Narcisse se mirant dans un bassin, 1699. Gouache. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, inv. dessins 745 © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Marc Manaï

À l’instar de Silvestre et de Joubert, Martin a représenté le bosquet depuis son extrémité occidentale, mais son point de vue est panoramique, ce qui lui permet d’embrasser une plus grande perspective. Il est le seul à montrer ainsi l’île avec son pavement de marbres blanc et noir dessinant des motifs géométriques et symétriques, sur les bords de laquelle sont répartis les topiaires en forme d’arbustes taillés en boule sortant de caisses de feuillages qui font penser à des socles de sculptures. Alternant avec les lances d’eau, les vingt sculptures du canal sont parfaitement individualisées, de même que les deux autres des bassins médians. Quelques bancs sont répartis le long des charmilles.

Presque au premier plan de son tableau, Martin a représenté le Gouffre – cet avaloir circulaire à degrés pour l’ornementation duquel le sculpteur Houzeau fut rétribué dès août 1680. En juillet 1681, le sculpteur et son associé Pierre Mazeline reçurent un parfait paiement pour leur travail, que seuls le dessin de Silvestre (fig. 6) et le tableau de Martin (fig. 8) permettent de connaître, avec quelques variantes de l’un à l’autre1515. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1283. : une grande vasque en forme de coquille, posée sur un socle orné de congélations.

Seul le tableau de Martin (fig. 8) détaille les éléments sculptés des deux bassins de l’île, qui ne sont mentionnés que par l’inventaire de 16941616. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1erjanvier 1694, no 289 et 288. : un groupe de Deux Amours, en bronze, d’après un modèle de Jean-Baptiste Tuby, au centre du bassin occidental, de forme circulaire, et, plus loin, dans le bassin rectangulaire, un groupe de Deux Dauphins, également en bronze, d’après un modèle de Houzeau. Si l’on se fie au le tableau de Martin (fig. 8), il semble que les figures de Dauphin de Houzeau (Vjs 856), qui ne sont plus à ce jour localisées, aient formé deux motifs autonomes, individualisés par deux jets d’eau nettement séparés. Le relevé de l’un d’entre eux figure en marge du dessin d’une des fontaines du bosquet du Théâtre d’eau : il mesurait 2 pieds 8 pouces (environ 85 centimètres) de long sur vingt-deux pouces (environ 45 centimètres) de haut1717. Agence des Bâtiments du roi (fonds Robert de Cotte), vers 1700-1, microfilm B 10897.. Exécuté en 1673-1674, le groupe de Deux Amours (inv. 1850.10044) de bronze doré, vraisemblablement fondu par Ambroise Duval d’après un modèle de Tuby, avait en fait orné le centre du bassin situé sur la terrasse de l’enveloppe de Le Vau, jusqu’à la destruction de cette dernière en 1678, avant de gagner le bosquet de la Galerie d’eau. Il fut transféré par la suite au jardin du Roi à Trianon, où il est attesté en 17071818. Piganiol de La Force, 1707, p. 368.. C’est là qu’il se trouve encore aujourd’hui.

Indiquée pour la première fois de façon officielle en 1701 seulement, l’appellation concurrente de « Salle des antiques » devait révéler une certaine inflexion dans la perception et l’usage de la Galerie d’eau. La référence à la salle des Antiques du Louvre, haut lieu des collections royales, son pavement de marbre, l’impression de lieu clos, insulaire, imposaient le caractère, en quelque sorte, d’un bosquet-musée. Au concept initial, celui d’une mise en scène des effets d’eau, vint se superposer l’idée d’exposer des œuvres antiques, c’est-à-dire insignes, rares et prestigieuses.

Les sculptures de la Salle des antiques

La provenance des sculptures attestées en avril 1681 dans le bosquet reste indéterminée. Il est tentant de les mettre en relation avec le grand transport de 16791919. Bresc-Bautier, 2002, p. 335-344.. Dans une lettre du 21 janvier 1679, Colbert faisait état de la présence de trois cents caisses à charger du port de Civitavecchia sur un navire en partance pour la France. Parmi ces caisses, pas moins de cent contenaient des statues. Les caisses furent acheminées sur la flûte Le Saint-Jean, qui accomplit son transport en mai et juin 1679 : elle passa au large de Cadix le 14 ou le 15 mai et parvint le 16 juin au port du Havre. Envoyé par Colbert, le sculpteur Jean Cornu fut chargé de superviser le transfert des caisses sur un autre navire, destiné à remonter la Seine2020. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 112, paiement du 3 juin 1681. : cette opération se déroula à Rouen le 8 juillet 1679.

En 1683, les comptes des Bâtiments du roi indiquent l’arrivée de nouvelles statues antiques2121. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 328. : il n’est pas impossible que les trois sculptures supplémentaires, non mentionnées par Combes en 1681, aient figuré au sein de ce nouveau lot.

Les sculptures de la Salle des antiques furent restaurées, c’est-à-dire complétées, par le sculpteur Anselme Flamen et plusieurs assistants, rétribués à partir de septembre 16802222. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1288, paiements des 29 septembre et 17 novembre 1680. : il est alors question de dix-huit statues antiques, que le libellé comptable situe par confusion dans l’allée d’Eau. Ancien élève de Gaspard Marsy, Flamen avait été pensionnaire de l’Académie de France à Rome à partir de 16752323. Souchal, 1978. : avant son retour en France, en juillet 1679, il est tout à fait probable qu’il ait eu l’occasion de connaître à Rome les sculptures embarquées à Civitavecchia au printemps 1679, voire d’avoir été associé à leur choix. Les paiements à Flamen s’échelonnent jusqu’en novembre 16812424. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 20, paiements d’août-novembre 1681.. En 1701, le guide de Jean-Aymar Piganiol de La Force indique que la restauration des vingt-quatre statues du bosquet a été confiée aux frères Marsy2525. Piganiol de La Force, 1701, p. 290. : s’il semble difficile d’admettre que Balthasar Marsy, mort en 1674, ait pu participer à ce grand chantier, il est en revanche tentant d’y associer Gaspard Marsy, mort en décembre 1681, avec lequel son ancien élève multiplia les collaborations à son retour de Rome2626. Hedin, 1981..

En avril 1681, date de l’achevé d’imprimer du guide de Combes, le bosquet encore désigné sous le nom de « Galerie d’eau » comportait vingt et une « statues de marbre antique, faites à Rome par de très habiles sculpteurs2727. Combes, 1681, p. 105-109. ». Combes les énumère à partir de l’entrée orientale du bosquet (accessible depuis le bassin de Saturne), par le côté nord de l’île : une Vestale (MR 391), Bacchus (MR 1902), une Sybille (MR 1924), Silène (MR 343), une Vestale (MR 233), Méléagre (MR 268), qui correspond au socle placé à l’arrière du bassin médian, un Sylvain (Vjs 116), Cléopâtre (Vjs 813), un Athlète (Vjs 797), Cérès (MR 1908) et Pandore (Vjs 816). À ces onze statues « du premier rang » succèdent, en revenant en face, d’ouest en est, dix sculptures : Salmacis hermaphrodite (Vjs 795), le groupe de Mercure et Argus (Vjs 811) et, après un socle vacant, Bacchus (Vjs 899), Psyché (MR 1983), Antinoüs (MR 76), placé sur le socle situé à l’arrière du bassin médian, un Faune sous les traits de Bacchus (MR 192), Pomone (MR 1973), un petit Sylvain (Vjs 834), Minerve (MR 283) et Bacchus (Vjs 115).

L’inventaire rédigé en 1686 est la première source à mentionner les vingt-quatre sculptures du bosquet et à en donner les dimensions, ainsi qu’une courte description2828. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1686, p. 82-86.. L’ordre suivi est le même que celui du guide de Combes, d’est en ouest au nord, puis d’ouest en est au sud. Plusieurs œuvres reçoivent une nouvelle appellation : la première Vestale de Combes devient une Femme (MR 391), la Sybille également une Femme (MR 1924), la seconde Vestale devient Cérès (MR 233), le Sylvain est dénommé Bacchus (Vjs 116), Cléopâtre une Femme tenant un vase sur son épaule (Vjs 813), Pandore une Vénus honteuse tenant une boîte de parfum (Vjs 816) ; de l’autre côté, Salmacis hermaphrodite devient Antinoüs (Vjs 795), Psyché devient Cléopâtre (MR 1983), qui tient un vase et un serpent, le second Sylvain un Homme (Vjs 834), et Minerve devient Pallas (MR 283).
Installées entre 1681 et 1686, les trois œuvres supplémentaires sont une Femme (Vjs 812), à l’entrée orientale du bosquet (du côté du bassin de Saturne), Apollon (Vjs 1194), à l’entrée occidentale (du côté du bassin d’Apollon), et une statue d’Homme (Vjs 814), allégorie du signe zodiacal du Capricorne. Cette dernière, au lieu d’être disposée directement sur le socle vacant (le troisième du côté sud en partant de l’ouest), a pris la place du groupe de Mercure et Argus (Vjs 811). Il s’est ensuivi un curieux jeu de chaises musicales, qui conduit à placer côte à côte deux figures tenant une arme : le groupe de Mercure et Argus a chassé de son socle l’Athlète (Vjs 797), qui a pris la place mitoyenne occupée jusque-là par la statue de Cérès (MR 1908), tandis que cette dernière est allée occuper en face le socle jusque-là vacant.

Au regard du guide de Combes, l’inventaire de 1686 accompagne ses descriptions d’un essai de critique d’authenticité. ainsi, seules huit œuvres sont déclarées antiques : la statue de Femme (Vjs 812) placée dans l’allée d’entrée du côté du bassin de Saturne, quatre sculptures du canal septentrional (Femme tenant un vase, Cérès, Femme et Femme ; Vjs 813, MR 233, MR 1924 et MR 391), la statue d’Apollon (Vjs 1194) placée dans l’allée d’entrée du côté du bassin d’Apollon et deux sculptures du canal méridional (Antinoüs, Vjs 795, et Homme, Vjs 834)2929. Au sein de cet ensemble, une des statues (MR 1924) semble pouvoir être mise en relation avec la Flore du Capitole, réputée avoir été découverte en 1744 sur le site de la Villa Hadriana et peut-être une invention du xviiie siècle (Haskell, Penny, 1988, p. 235-236).. Une œuvre est même explicitement désignée comme moderne : le Bacchus du canal septentrional, attribué à Simon Hurtrelle (MR 1902). À propos de la statue de Cléopâtre (MR 1983), l’inventaire de 1686 signale aussi que l’œuvre est partiellement revêtue de dorure.

Le tableau de Martin cité plus haut (fig. 8) correspond à l’état décrit par l’inventaire de 1686.

Des vingt-quatre sculptures recensées par l’inventaire de 16943030. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1erjanvier 1694, n° 117-140., deux ont été remplacées au regard de l’état de 1686 : le Bacchus de Hurtrelle (MR 1902) a laissé la place à une Vénus (Vjs 1093) et la statue d’Apollon (Vjs 1194), dans l’allée menant au bosquet depuis le bassin d’Apollon, a été remplacée par une statue de Faune (MR 1852). Ce dernier, exécuté à Florence d’après le modèle antique du Faune cymbalier de la collection Médicis, est attribué à « Le Fog. », abréviation de Giovanni Battista Foggini, sculpteur florentin connu également à Versailles pour sa copie d’après l’antique du Rémouleur de la même collection Médicis (MR 1853). Si le lieu de destination de la statue d’Apollon (Vjs 1194) reste inconnu, le Bacchus de Hurtrelle (MR 1902) est mentionné à Marly en 16953131. Inventaire des sculptures des jardins de Marly, 15 juillet 1695 : « Un Faune, d’après l’antique, par Hurtrel », et, en marge : « tiré de la Gallerie d’eau de Versailles ».. L’inventaire de 1694 indique aussi que l’un des Bacchus (MR 192) du canal méridional est dû à Jean-Jacques Clérion, ce qui porte à deux le nombre des œuvres sûrement modernes.

À partir de la description consignée en 1695 par la mystérieuse Mme Jourdain, l’ordre suivi pour énumérer les sculptures du bosquet commence par l’entrée occidentale, du côté du bassin d’Apollon3232. Description des jardins de Versailles par Jourdain, janvier 1695, fol. 39-40.. C’est le point de vue adopté pour les représentations figurées du bosquet, ainsi que, à peu près au même moment, par Louis XIV lui-même, qui, dans sa Manière de montrer les jardins de Versailles, précise que « l’on entrera à la Gallerie par en bas3333. Manière de montrer les jardins de Versailles, 1694, p. 32, no 11. ». Cet ordre de progression régit encore la description du recueil Les jardins de Versailles expliqués3434. Explication du sujet des sculptures des bosquets de Versailles, [1699-1700], fol. 21-42., manuscrit postérieur à 1699, qui donne aux sculptures du bosquet des appellations érudites et quelque peu absconses, de même que celle publiée par Piganiol de La Force en 17013535. Piganiol de La Force, 1701, p. 290-294.. Cette dernière, qui officialise l’emploi de l’appellation de « Salle des antiques », renoue avec l’assurance du guide de Combes pour affirmer que l’ensemble des vingt-quatre sculptures ornant le bosquet sont des œuvres antiques.

Si la statue d’Apollon (Vjs 1194) et le groupe de Mercure et Argus (Vjs 811) furent l’objet de gravures publiées dans le recueil de Simon Thomassin3636. Thomassin, 1694, pl. 28 (« Antique ») et 60., les vingt-quatre sculptures dont la présence est attestée par l’inventaire de 1694 ont été soigneusement dessinées sur huit feuilles du fonds Robert de Cotte3737. Agence des Bâtiments du roi (fonds Robert de Cotte), vers 1700, microfilms F 001704-F 001711. L’une des feuilles (microfilm F 001705) porte la date de juin 1701. Dessins reproduits dans les notices.. Ces relevés constituent la seule source figurée vraiment précise pour connaître l’aspect des œuvres : certaines d’entre elles sont ainsi reconnaissables sur les représentations du bosquet évoquées plus haut. Numérotés de 1 à 24, les dessins du fonds Robert de Cotte permettent aussi de confirmer l’emplacement des œuvres, la première étant située dans l’allée d’entrée orientale, du côté du bassin de Saturne, l’ordre suivi ensuite traitant de façon linéaire le côté méridional avant de revenir, par le côté nord, au point de départ.
Les annotations portées sur les dessins indiquent les dimensions des œuvres, qui peuvent être rapprochées de celles fournies par l’inventaire de 1686. Une appréciation sur la qualité ou l’état sanitaire de l’œuvre est toujours portée à la mine de plomb, sans doute dans un second temps, au moment du démantèlement du bosquet. Occasionnellement aussi, un second titre, concurrent, est indiqué, tout comme l’emplacement réservé à l’œuvre, pressenti ou constaté après 1704. À l’exception des statues des extrémités est et ouest, les sculptures connues par les dessins du fonds Robert de Cotte figurent en outre sur un relevé général de la partie centrale du bosquet conservé au département des Estampes de la Bibliothèque nationale de France (fig. 10).

Jardins de Versailles - Plan de la Gallerie des antiques, suprimée en 1704
fig. 10 - Agence des Bâtiments du roi, Plan de la Gallerie des antiques, suprimée en 1704, 1704. Dessin. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, FT 4-VA-423 (2), microfilm H 186580 © Bibliothèque nationale de France

Situation des sculptures du bosquet de la Salle des antiques entre 1681 et 1704 :

Socles
1681
1686
1694
Socle I
Muse (Vjs 812)
Muse (Vjs 812)
Muse (Vjs 812)
Socle II
Bacchus (Vjs 115)
Bacchus (Vjs 115)
Bacchus (Vjs 115)
Socle III
Minerve (MR 283)
Minerve (MR 283)
Minerve (MR 283)
Socle IV
Adonis (Vjs 834)
Adonis (Vjs 834)
Adonis (Vjs 834)
Socle V
Flore (MR 1973)
Flore (MR 1973)
Flore (MR 1973)
Socle VI
Faune de Clérion (MR 192)
Faune de Clérion (MR 192)
Faune de Clérion (MR 192)
Socle VII
Antinoüs (MR 76)
Antinoüs (MR 76)
Antinoüs (MR 76)
Socle VIII
Cléopâtre (MR 1983)
Cléopâtre (MR 1983)
Cléopâtre (MR 1983)
Socle IX
Jeune Faune (Vjs 899)
Jeune Faune (Vjs 899)
Jeune Faune (Vjs 899)
Socle X
Cérès (MR 1908)
Cérès (MR 1908)
Socle XI
Mercure et Argus (Vjs 811)
Le Signe du Capricorne (Vjs 814)
Le Signe du Capricorne (Vjs 814)
Socle XII
Antinoüs (Vjs 795)
Antinoüs (Vjs 795)
Antinoüs (Vjs 795)
Socle XIII
Apollon (Vjs 1194)
Faune de Foggini (MR 1852)
Socle XIV
Pandore (Vjs 816)
Pandore (Vjs 816)
Pandore (Vjs 816)
Socle XV
Cérès (MR 1908)
Alexandre mourant (Vjs 797)
Alexandre mourant (Vjs 797)
Socle XVI
Alexandre mourant (Vjs 797)
Mercure et Argus (Vjs 811)
Mercure et Argus (Vjs 811)
Socle XVII
Nymphe (Vjs 813)
Nymphe (Vjs 813)
Nymphe (Vjs 813)
Socle XVIII
Bacchus (Vjs 116)
Bacchus (Vjs 116)
Bacchus (Vjs 116)
Socle XIX
Méléagre (MR 268)
Méléagre (MR 268)
Méléagre (MR 268)
Socle XX
Faustine (MR 233)
Faustine (MR 233)
Faustine (MR 233)
Socle XXI
Silène (MR 343)
Silène (MR 343)
Silène (MR 343)
Socle XXII
Dame romaine (MR 1924)
Dame romaine (MR 1924)
Dame romaine (MR 1924)
Socle XXIII
Bacchus Médicis d’Hurtrelle (MR 1902)
Vénus Médicis (Vjs 1093)
Vénus Médicis (Vjs 1093)
Socle XXIV
Julie (MR 391)
Julie (MR 391)
Julie (MR 391)

Le sort des sculptures de la Salle des antiques après 1704

À la date du mardi 15 juillet 1704, le marquis de Dangeau consigna dans son Journal : « Le roi fait ôter toutes les statues qui étoient autour de la fontaine qu’on appelle la Galerie3838. Journal de Dangeau, 1684-1720, t. X, p. 70.. »

Le 19 juillet 1704, toujours selon le témoignage de Dangeau, « le roi sortit à pied par ses jardins, passa par la fontaine qu’on appelle la Galerie, dont il a fait ôter toutes les statues3939. Journal de Dangeau, 1684-1720, t. X, p. 73. ».

Le bosquet de la Salle des antiques fut alors entièrement remanié : les fontaines, le pavement de marbre, les jets d’eau, le canal ceinturant l’île et les topiaires disparurent, laissant la place à deux rangées de marronniers, qui donnèrent au bosquet sa nouvelle appellation de « Salle des marronniers ».

Douze des sculptures de la Salle des antiques furent transférées à Trianon, où elles prirent place dans les nouvelles Salles Vertes aménagées dans la partie nord-ouest des jardins : Minerve (MR 283), Flore (MR 1973), le Faune de Clérion (MR 192), Cléopâtre (MR 1983), le Jeune Faune (Vjs 899), le groupe de Mercure et Argus (Vjs 811), le Faune de Foggini (MR 1852), la Nymphe (Vjs 813), Bacchus (Vjs 116), Faustine (MR 233), Silène (MR 343) et la Dame romaine (MR 1924). Elles y sont mentionnées notamment par l’inventaire de 1707.

Cinq autres sculptures furent transférées à Marly : Bacchus (Vjs 115), Adonis (Vjs 834), Antinoüs (Vjs 795), Pandore (Vjs 816) et Alexandre mourant (Vjs 797).

Deux œuvres, la statue de Cérès (MR 1908) et la Vénus Médicis (Vjs 1093), furent placées en magasin, tandis que Le Signe du Capricorne (Vjs 814) semble avoir disparu dès ce moment-là.

Seules quatre sculptures restèrent sur place pour orner le nouveau bosquet de la Salle des marronniers : la Muse (Vjs 812), qui, prévue pour être transférée au musée central des Arts, disparut durant la période révolutionnaire ; Antinoüs (MR 76) ; Méléagre (MR 268) ; et Julie (MR 391), transférée en 1821 au bassin du Miroir.

1. Maral, 2014.
2. Mémoire du plomb et soudure fournis pour le roi en 1678, à la date du 11 décembre 1678.
3. Agence des Bâtiments du roi, vers 1685, fol. 70.
4. Silvestre, 1678-1679.
5. Acquise en 1950 auprès de Gouvert et Georges, la statue de Vénus en plomb conservée au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (V 3044 ; MV 7644) ne saurait provenir de la Galerie d’eau : à l’instar des groupes de plomb réputés provenir des jardins de Versailles et mis en vente, notamment par Paul Gouvert, au xxe siècle, jusque dans les années 1950, elle fait partie de ces plombs fabriqués par des antiquaires peu scrupuleux (Maral, 2012, p. 169).
6. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1289.
7. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 16, 62 et 92.
8. Combes, 1681, p. 105-109.
9. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1686, p. 86.
10. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 18.
11. Agence des Bâtiments du roi, vers 1685, fol. 62. Un autre plan, moins complet, est conservé au Nationalmuseum de Stockholm, THC 7696. Voir aussi le plan esquissé et coté, avec profil d’un socle, probablement contemporain de l’aménagement du bosquet, ainsi que, non daté, le Plan de la Salle des antiques ou Gallerie d’eau, tous deux conservés au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France (FOL-VA-78 (F,7), microfilms B 10887 et B 10886).
12. Agence des Bâtiments du roi, vers 1690, pl. 7.
13. Schnapper, Milovanovic, 2010, p. 209.
14. Salmon, 2006, p. 62-63.
15. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1283.
16. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1erjanvier 1694, no 289 et 288.
17. Agence des Bâtiments du roi (fonds Robert de Cotte), vers 1700-1, microfilm B 10897.
18. Piganiol de La Force, 1707, p. 368.
19. Bresc-Bautier, 2002, p. 335-344.
20. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 112, paiement du 3 juin 1681.
21. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 328.
22. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1288, paiements des 29 septembre et 17 novembre 1680.
23. Souchal, 1978.
24. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 20, paiements d’août-novembre 1681.
25. Piganiol de La Force, 1701, p. 290.
26. Hedin, 1981.
27. Combes, 1681, p. 105-109.
28. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1686, p. 82-86.
29. Au sein de cet ensemble, une des statues (MR 1924) semble pouvoir être mise en relation avec la Flore du Capitole, réputée avoir été découverte en 1744 sur le site de la Villa Hadriana et peut-être une invention du xviiie siècle (Haskell, Penny, 1988, p. 235-236).
30. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1erjanvier 1694, no 117-140.
31. Inventaire des sculptures des jardins de Marly, 15 juillet 1695 : « Un Faune, d’après l’antique, par Hurtrel », et, en marge : « tiré de la Gallerie d’eau de Versailles ».
32. Description des jardins de Versailles par Jourdain, janvier 1695, fol. 39-40.
33. Manière de montrer les jardins de Versailles, 1694, p. 32, no 11.
34. Explication du sujet des sculptures des bosquets de Versailles, [1699-1700], fol. 21-42.
35. Piganiol de La Force, 1701, p. 290-294.
36. Thomassin, 1694, pl. 28 (« Antique ») et 60.
37. Agence des Bâtiments du roi (fonds Robert de Cotte), vers 1700, microfilms F 001704-F 001711. L’une des feuilles (microfilm F 001705) porte la date de juin 1701. Dessins reproduits dans les notices.
38. Journal de Dangeau, 1684-1720, t. X, p. 70.
39. Journal de Dangeau, 1684-1720, t. X, p. 73.