Alexandre Maral, avec la collaboration de Cyril Pasquier
Les catalogues raisonnés d'inventaire de collection de musée produits par la RMN-GP
Logotype du château de Versailles
Jardins de Versailles Bosquets actuels Bosquet de la Reine

Bosquet de la Reine

À l’issue de la campagne d’abattage des arbres des jardins de Versailles – de décembre 1774 à décembre 177611. Boreau de Roincé, 2012, p. 23. –, le bosquet du Labyrinthe fut remplacé par un nouveau bosquet, à l’usage de la reine : « La reine paroit désirer et a réellement le besoin d’une sorte de retraitte ou jardin d’agrément dont elle puisse jouir sans être livrée à l’importunité des promeneurs souvent nombreux22. Mémoire relatif aux bosquets du Labyrinthe et des Bains d’Apollon, 23 décembre 1777.. »

Dès octobre 1775, l’architecte Barthélemy-Michel Hazon soumit un projet de grande composition à l’anglaise, s’étendant sur l’emprise des bosquets de la lisière sud des jardins, avec, à l’emplacement du Labyrinthe, une tholos abritant le groupe des Enfants à la chèvre de Jacques Sarrazin ou bien la statue de L’Amour se taillant un arc dans la massue d’Hercule d’Edme Bouchardon – préfiguration du jardin du Petit Trianon33. Lettre du comte d’Angiviller à Hazon du 22 octobre 1775.. En 1778, le projet définitif prévoyait, outre le remploi des aiguières de bronze de Francesco Bordoni (MR 3440, MR 3441, MR 3442 et MR 3443), la mise en place d’une statue de Vénus : cette dernière ne fut pas installée, mais elle donna son nom au nouveau bosquet.

Selon Louis-Jacques Durameau, qui écrit en 1787, « avant la nouvelle plantation du parc on voyoit ici le Labirinthe. Présentement c’est le Jardin de Mgr le dauphin, où il n’y a point de sculptures. Il renferme seulement une grande quantité d’arbres étrangers44. Description par Durameau, 1787, p. 134. ».

Selon le Cicerone de 1804, la Salle des tulipiers, au centre du bosquet de Vénus, était alors décorée de quatre vases de métal55. Duchesne, 1804, p. 74-75..

Ces quatre vases sont reproduits dans le recueil de Michel-Antoine Garreau66. Garreau, 1816, p. 306. : il s’agit des quatre aiguières de Bordoni (MR 3440, MR 3441, MR 3442 et MR 3443). Déjà attestées au bosquet du Labyrinthe depuis au moins 1722, elles n’avaient peut-être jamais quitté les lieux. D’après le plan du bosquet qui figure dans le recueil de Garreau, ces aiguières étaient présentées sur quatre socles disposés en carré77. Garreau, 1816, p. 305.. Trois d’entre elles sont visibles sur une vue stéréoscopique non datée (fig. 1).

Jardins de Versailles - Le bosquet de la Reine
fig. 1 - France-xixe siècle, Le bosquet de la Reine, vers 1860. Photographie stéréoscopique. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (Service des Archives), V.2017.27.10 © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Ces aiguières furent déposées au musée du Louvre en 188488. Correspondance des conservateurs du musée de Versailles, 1881-1884, p. 150 (lettre du 10 février 1884 de Louis Courajod, conservateur au musée du Louvre, à Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon) et p. 173 (lettre du 17 mai 1884 de Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon, à Louis de Ronchaud, directeur des Musées nationaux).. L’un des quatre piédestaux de marbre de Languedoc turquin qui supportaient les aiguières a récemment été identifié à Versailles, dans les réserves de l’Architecture.

En 1817, un mémoire du restaurateur Jean-François Lorta mentionne un vase de granite au bosquet de la Reine99. Mémoire des restaurations faites par Lorta entre avril et juin 1817. En 1816, le recueil de Garreau reproduit aussi, au bosquet de Vénus, sans le situer, un « vase de métal, antique » (Garreau, 1816, p. 306) : il s’agit en fait d’un vase en albâtre (mentionné et décrit dans l’Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, [1819]), dont la présence au bosquet de la Reine a probablement été assez brève (placé au plus tôt après 1787, disparu au plus tard avant 1822) et dont au moins un fragment a été identifié lors du dernier récolement décennal (inv. 2016.00.057). Du fait de son matériau, ce vase fait partie des collections gérées par le département du Mobilier et des Objets d’art : il n’a pas été retenu pour le présent catalogue.. Ce vase est situé au centre du bosquet par le plan de Charles Picquet, publié en 1821. Selon le guide de Jean Vaysse de Villiers, publié en 1822, un « vase de granit, accompagné de quatre vases en bronze, placés sur les côtés, en forme de cruches antiques » était disposé au centre du carré formé par la Salle des tulipiers. La dernière mention de ce vase (MR 2867) est dans l’Itinéraire ou Guide du voyageur de 18371010. Guide du voyageur, 1837, p. 159.. Une annotation non datée portée sur l’inventaire MR indique sa présence à Saint-Cloud1111. Inventaire des musées royaux, 1814-1824, t. V, p. 187 ; inv. MR Sup, p. 470..

En avril 1829, la statue d’Isis (MR 236) fut installée au bosquet de la Reine, probablement à l’ouest.
Elle provenait du magasin situé sous l’Opéra, où elle est mentionnée par l’inventaire MR.
Elle est attestée par l’inventaire de 1850 au bosquet des Dômes.

Dans son édition de 1804, le Cicerone de Versailles ne se contente pas d’indiquer la présence des quatre aiguières de Bordoni (MR 3440, MR 3441, MR 3442 et MR 3443) : « On a eu le projet d’y mettre au milieu une statue de Vénus1212. Duchesne, 1804, p. 75.. »
La statue de Vénus est mentionnée pour la première fois par l’Itinéraire ou Guide du voyageur de 18371313. Guide du voyageur, 1837, p. 159.. Il s’agit d’une version en bronze de la Vénus Médicis, fondue d’après l’antique par Hubert Le Sueur (MR 3278)1414. Cat. exp. Bronzes français, 2008, p. 190-191 (notice de Geneviève Bresc-Bautier)..
En 1884, en même temps que les vases de Bordoni, la Vénus Médicis de Le Sueur fut transférée au musée du Louvre.
Elle fut immédiatement remplacée par la statue en marbre d’une Compagne de Diane d’Anselme Flamen (RF 267), déposée par le musée du Louvre1515. Correspondance des conservateurs du musée de Versailles, 1881-1884, p. 150, lettre du 10 février 1884 de Louis Courajod, conservateur au musée du Louvre, à Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon, et p. 173, lettre du 17 mai 1884 de Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon, à Louis de Ronchaud, directeur des Musées nationaux..

D’origine inconnue, signalé à Rambouillet par l’inventaire MR et en magasin à Versailles par l’inventaire de 1846-1847, le bronze du Gladiateur Borghèse (MR 3251) fut installé avant 1850 au bosquet de la Reine, où il se trouve encore aujourd’hui, à l’est.

Le réaménagement de 1884 est l’objet d’une lettre de Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon, à Louis de Ronchaud, directeur des Musées nationaux : « Le bosquet de la reine a été ouvert le premier mai, comme d’habitude. Le nouvel aménagement que j’y ai fait introduire […] a été prêt à temps et m’a paru avoir été bien accueilli de la population versaillaise. À la place de la reproduction en bronze de la Vénus de Médicis [MR 3278], transportée au Louvre, j’ai fait placer le groupe d’Anselme Flamen, Diane revenant de la chasse [sic ; RF 267], qui nous a été envoyé par la conservation des Sculptures modernes, et en lieu des quatre vases en bronze martelé portés ci-devant au Louvre [MR 3440, MR 3441, MR 3442 et MR 3443], quatre bustes en marbre blanc ayant déjà figuré dans la décoration du parc et provenant de nos magasins [MR 2415, MR 2425 et MR 2426 et 2009.00.092]1616. Les quatre bustes provenaient de la réserve de la Petite Venise (lettre de Nicod de Ronchaud à Poulin de décembre 1883).. Le socle de la Diane est un socle ancien, en marbre du Languedoc, ayant déjà servi à l’ornementation des jardins. Les gaines supportant les quatre bustes ont été exécutées d’après les dessins de M. l’architecte du palais de Versailles d’après celles de la Salle des marronniers. Le fût est en vert campan mélangé. La base et le chapiteau en marbre blanc. De plus, j’ai fait placer, en pendant du Gladiateur combattant [MR 3251], qui n’a pas changé, une petite Minerve en marbre blanc et bleu turquin [MR 1960] qui ornait jadis l’escalier de la conservation1717. Correspondance des conservateurs du musée de Versailles, 1881-1884, p. 173, lettre du 17 mai 1884.. »

Avant d’avoir décoré l’escalier de la conservation, la statue de Minerve (MR 1960) est signalée par l’inventaire de 1850 dans le magasin de la place d’Armes et, antérieurement, par l’inventaire MR, dans les Salles vertes de Trianon. Le piédestal circulaire sur lequel fut placée la statue de Minerve (MR 1960) avait précédemment supporté la Vénus Médicis de Le Sueur (MR 3278), comme le montre la vue stéréoscopique non datée (fig. 1).

En 1975, après l’installation de la Compagne de Diane de Flamen (RF 267) dans la Grande Galerie du château, le socle central du bosquet de la Reine accueillit une seconde Vénus Médicis, la version en bronze fondue par Jean-Balthasar Keller (MR 3292), déposée depuis 1971 par le musée du Louvre. Mise à l’abri en 2008, cette Vénus Médicis Keller a été remplacée par le Faune au chevreau, un bronze fondu d’après l’antique par Charles Ingé (MV 7731).

Dans le cadre de la replantation du bosquet de la Reine, entreprise en 2019, et de la restitution de la salle des Tulipiers au centre du bosquet, les statues du Faune au chevreau (MV 7731) et de Minerve (MR 1960), ainsi que les quatre bustes (MR 2415, MR 2425 et MR 2426 et 2009.00.092) ont été mis en réserve en janvier 2020.

1. Boreau de Roincé, 2012, p. 23.
2. Mémoire relatif aux bosquets du Labyrinthe et des Bains d’Apollon, 23 décembre 1777.
3. Lettre du comte d’Angiviller à Hazon du 22 octobre 1775.
4. Description par Durameau, 1787, p. 134.
5. Duchesne, 1804, p. 74-75.
6. Garreau, 1816, p. 306.
7. Garreau, 1816, p. 305.
8. Correspondance des conservateurs du musée de Versailles, 1881-1884, p. 150 (lettre du 10 février 1884 de Louis Courajod, conservateur au musée du Louvre, à Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon) et p. 173 (lettre du 17 mai 1884 de Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon, à Louis de Ronchaud, directeur des Musées nationaux).
9. Mémoire des restaurations faites par Lorta entre avril et juin 1817. En 1816, le recueil de Garreau reproduit aussi, au bosquet de Vénus, sans le situer, un « vase de métal, antique » (Garreau, 1816, p. 306) : il s’agit en fait d’un vase en albâtre (mentionné et décrit dans l’Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, [1819]), dont la présence au bosquet de la Reine a probablement été assez brève (placé au plus tôt après 1787, disparu au plus tard avant 1822) et dont au moins un fragment a été identifié lors du dernier récolement décennal (inv. 2016.00.057). Du fait de son matériau, ce vase fait partie des collections gérées par le département du Mobilier et des Objets d’art : il n’a pas été retenu pour le présent catalogue.
10. Guide du voyageur, 1837, p. 159.
11. Inventaire des musées royaux, 1814-1824, t. V, p. 187 ; inv. MR Sup, p. 470.
12. Duchesne, 1804, p. 75.
13. Guide du voyageur, 1837, p. 159.
14. Cat. exp. Bronzes français, 2008, p. 190-191 (notice de Geneviève Bresc-Bautier).
15. Correspondance des conservateurs du musée de Versailles, 1881-1884, p. 150, lettre du 10 février 1884 de Louis Courajod, conservateur au musée du Louvre, à Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon, et p. 173, lettre du 17 mai 1884 de Charles Gosselin, conservateur des musées de Versailles et de Trianon, à Louis de Ronchaud, directeur des Musées nationaux.
16. Les quatre bustes provenaient de la réserve de la Petite Venise (lettre de Nicod de Ronchaud à Poulin de décembre 1883).
17. Correspondance des conservateurs du musée de Versailles, 1881-1884, p. 173, lettre du 17 mai 1884.