Alexandre Maral, avec la collaboration de Cyril Pasquier
Les catalogues raisonnés d'inventaire de collection de musée produits par la RMN-GP
Logotype du château de Versailles
Jardins de Versailles Bosquets disparus Bosquet du Labyrinthe

Bosquet du Labyrinthe

Attesté pour la première fois sur un plan général des jardins du château datant de 1665 et conservé à la Bibliothèque nationale de France, le Labyrinthe de Versailles ne fut d’abord qu’un bosquet purement végétal11. France-xviie siècle, vers 1665. Ce texte est une version remaniée de l’essai publié dans Cat. exp. Le Labyrinthe de Versailles, 2013, p. 42-61.. Sa configuration quasi définitive fut rapidement déterminée, comme le montre un plan datable de 1666 et conservé aux Archives nationales22. France-xviie siècle, 1666..

Un premier bassin figure sur le plan des Archives nationales : il est mentionné par le contrôleur des Bâtiments Louis Petit en septembre 166633. Rapport de Petit à Colbert du 18 septembre 1666.. D’autres aménagements hydrauliques sont attestés en 1669 par le fontainier Denis Jolly : une petite cascade et sept bassins44. Hedin, 2012, p. 182..

Chronologie du chantier des sculptures

En mars 1672, les sculpteurs Étienne et Jacques Blanchard furent rétribués pour avoir réalisé douze petits dauphins pour une fontaine du Labyrinthe55. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 624.. Cette fontaine (Vjs 495), qui n’est connue par aucune représentation ni description, dut correspondre à un premier état et disparaître assez rapidement. Douze dauphins sont cependant attestés par des dessins du fonds Robert de Cotte, réalisés autour de 1690, à un moment où les œuvres, en bon état, étaient probablement en réserve : un modèle de 2 pieds 10 pouces pour quatre Dauphins, un modèle de 14 pouces pour huit autres dauphins66. Agence des Bâtiments du roi (fonds Robert de Cotte), vers 1700, no 1965 et 1965-2 (microfilms F 001691 et F 001692)..

En 1673, une somme de 50 000 livres fut prévue « pour achever les fontaines du Labyrinthe, avec tous les ornemens77. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 677. ». De fait, une série de paiements importants est consignée en janvier 1673 dans le registre des comptes des Bâtiments du roi88. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 616-618.. Neuf sculpteurs sont alors concernés : les frères Blanchard, déjà cités, ainsi que Martin Desjardins, Jacques Houzeau, Pierre Legros, Étienne Le Hongre, Benoît Massou, Pierre Mazeline et Jean-Baptiste Tuby. Ces noms figurent sur un plan du bosquet conservé à Stockholm (fig. 1), ce qui permet de dater ce dernier du début 1673. Trente-six fontaines étaient alors prévues.

Jardins de Versailles - Plan du bosquet du Labyrinthe
fig. 1 - Agence des Bâtiments du roi, Plan du bosquet du Labyrinthe, 1673. Dessin. Stockholm, Nationalmuseum, NMH THC 8 © Photo: Nationalmuseum

À partir de juillet 1673, les comptes des Bâtiments du roi mentionnent encore dix autres noms de sculpteurs, appelés à collaborer avec ceux de la première équipe99. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 696-697 et 762. Comme l’a justement remarqué Antoine Maës (Maës, 2019, p. 230, note 1260), Jules Guiffrey mentionne par erreur un paiement de 1 000 livres à Thomas Regnaudin « à compte des animaux du Labyrinte » (Comptes des Bâtiments du roi, 1664-1715, t. I, col. 696) : cette somme a été versée à Regnaudin pour son travail au bassin de Cérès (Paris, Archives nationales, O/1/2135, fol. 31r). Le sculpteur François Temporiti fut quant à lui chargé uniquement de l’exécution des bancs du bosquet du Labyrinthe. : Nicolas Dossier, Gérard-Léonard Hérard, Pierre Hutinot, Michel de La Perdrix, Laurent Magnier, les frères Balthasar et Gaspard Marsy, Jean Raon, Thomas Regnaudin, Jean Drouilly, Georges Sibrayque, François Temporiti.

Publié en 1675 au sein du Recueil de divers ouvrages en prose et en vers de Charles Perrault, « Le Labirinthe de Versailles » peut être daté de 16731010. Maral, 2010-2. : deux fontaines supplémentaires y sont décrites, celles illustrant L’Aigle et le Renard (fontaine no 6 ; Vjs 476) et Le Singe et ses petits (fontaine no 11 ; Vjs 497), portant le nombre total à trente-huit fontaines. Le texte publié en 1675 ne comporte aucune illustration, mais il est aussi connu par deux versions manuscrites, non datées, assorties de gravures de Sébastien Leclerc correspondant aux trente-huit fontaines1111. Perrault, [1673] ; Perrault, [1673]-1..

Dans sa Description sommaire du chasteau de Versailles, publiée en 1674 mais dont l’achevé d’imprimer est du 30 décembre 1673, André Félibien mentionne l’existence de trente-neuf fontaines illustrant des épisodes tirés des fables anciennes, dont il indique les titres1212. Félibien, 1674, p. 83-87.. Au regard de la description de Perrault, une fontaine a encore été ajoutée : celle illustrant Les Grenouilles et Jupiter (fontaine no 26 ; Vjs 1082). Félibien n’évoque toutefois pas les statues liminaires d’Ésope (MR 3457) et de L’Amour (MR 3455), commentées par Perrault.

Le nombre et l’agencement définitifs des fontaines furent donc arrêtés durant l’année 1673. Curieusement, seulement trente-huit fontaines sont énumérées par la description publiée par Combes en 1681, et dans le récit, consigné dans le Mercure galant de novembre 1686, de la visite des ambassadeurs de Siam1313. Combes, 1681, p. 111-119 ; Mercure galant, novembre 1686, p. 147-151.. Encore en 1694, l’Estat général des ouvrages de sculpture placez dans les jardins de Versailles ne décomptait que trente-huit fontaines1414. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1erjanvier 1694, no 338..

En 1677, l’Imprimerie royale publia le Labyrinthe de Versailles, un texte anonyme attribué à Perrault – dont plusieurs passages figurent déjà dans la description antérieure de ce dernier – et illustré de quarante et une planches gravées par Sébastien Leclerc1515. Préaud, 1980, p. 211-221. : un plan général, une vue de l’entrée avec les statues d’Ésope (MR 3457) et de L’Amour (MR 3455) et une vue de chacune des trente-neuf fontaines. À cette date, le tracé des allées du bosquet avait été quelque peu modifié au regard de la situation décrite par le plan de 1666 cité plus haut : déjà visible sur le plan de Stockholm (fig. 1), une allée avait été ajoutée entre les fontaines 8 et 29 et, après 1673, une autre allée avait été réalisée entre les fontaines 25 et 26, sans doute pour fournir une perspective à cette dernière. Datable de 1680-1681, le plan général des jardins (fig. 2) conservé aux Archives nationales est conforme à l’état de 1677.

Jardins de Versailles - Plan général des jardins de Versailles
fig. 2 - Agence des Bâtiments du roi, Plan général des jardins de Versailles (détail), 1680-1681. Dessin. Paris, Archives nationales, N/I Seine-et-Oise, no 36 © Archives nationales

Par la suite, d’autres allées furent encore ménagées : entre les fontaines 4 et 32, entre les fontaines 23 et 39 et, pour sortir du bosquet, à l’angle sud-est : c’est ce que montre le Plan du Labirinte (fig. 3) extrait du recueil de plans dessinés, datables vers 1690.

Jardins de Versailles - Plan du Labirinte
fig. 3 - Agence des Bâtiments du roi, Plan du Labirinte, vers 1690. Dessin. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Vms 58, pl. 16 © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Hervé Lewandowski

Plus tard, une dernière allée fut ménagée pour sortir du bosquet, dans l’axe de l’allée menant au bassin du Miroir : c’est ce que montre le plan publié par Gilles Demortain en 1714 (fig. 4).

Jardins de Versailles - Plan général des jardins, bosquets et pièces d’eau du petit parc de Versailles
fig. 4 - Jean Raymond, d’après Dominique Girard, Plan général des jardins, bosquets et pièces d’eau du petit parc de Versailles, 1714. Gravure. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, GR 146.1.23 © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Les sculpteurs du Labyrinthe

Par son ampleur, l’ensemble formé par les sculptures animalières du Labyrinthe est sans précédent. Le maître d’œuvre de ce bestiaire exceptionnel n’est pas connu. Il n’est pas impossible que Charles Le Brun, premier peintre du roi, qui avait étudié les animaux dans le cadre de ses recherches sur la physiognomonie et l’expression des passions, ait participé à la définition des œuvres, mais aucun de ses dessins ne peut être mis en rapport avec le Labyrinthe. Il est probable que les frères Perrault ont fourni des modèles, comme pour d’autres réalisations versaillaises telles la grotte de Téthys ou l’allée d’Eau. À l’instar d’un Pieter Boël, peintre animalier intégré aux équipes des Gobelins, il est vraisemblable que les sculpteurs du Labyrinthe ont puisé leur inspiration dans l’observation des animaux de la Ménagerie de Versailles, peuplée de spécimens dès 16641616. Foucart, Walter, 2001 ; Mabille, Pieragnoli, 2010..

Les paiements des comptes des Bâtiments du roi ne sont explicites qu’à deux reprises : pour la statue d’Ésope (MR 3457), rétribuée à Legros, et pour Le Dauphin et le Singe (Vjs 494), réalisée par Sibrayque1717. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 761 et 696.. Seul le plan de Stockholm (fig. 1) met en relation les fontaines, au nombre de trente-six, et leurs auteurs respectifs : s’il est impossible de le suivre pour la fontaine illustrant Le Dauphin et le Singe (Vjs 494), qu’il attribue à Houzeau, il est en revanche confirmé, en ce qui concerne les frères Blanchard, par une quittance manuscrite de ces derniers, et, pour Le Hongre, par le Mémoire historique sur les ouvrages d’Étienne Le Hongre de Georges Guillet de Saint-Georges1818. Quittances de peintres, sculpteurs et architectes, 1535-1711, p. 53, quittance du 7 juillet 1674 ; Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, 1648-1792, t. II, vol. 1, p. 349 (Conférence de Guillet de Saint-Georges du 3 mars 1691).. Quant à la statue de L’Amour (MR 3455), son auteur, Tuby, est cité par l’inventaire de 16861919. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1686, p. 101..

Consignés par les comptes des Bâtiments du roi, les paiements les plus importants furent principalement versés aux sculpteurs indiqués par le plan de Stockholm (fig. 1) : Houzeau (7 800 livres), Mazeline (7 200 livres), Legros (6 650 livres), Massou (5 300 livres), Tuby (4 555 livres), les frères Blanchard (2 993 livres), Le Hongre (2 800 livres) et Desjardins (2 100 livres). Non mentionnés par le plan de Stockholm (fig. 1), les frères Marsy reçurent la somme de 1 200 livres. Les huit autres sculpteurs furent rétribués pour des montants inférieurs à 1 000 livres.

Le lieu de réalisation des plombs du Labyrinthe est inconnu. Il n’est pas impossible que les ateliers des Gobelins, déjà utilisés pour la fonte du groupe d’Apollon sur son char par Tuby, aient été sollicités. La fonte elle-même fut probablement effectuée en sept étapes, selon une technique décrite en 1676 par André Félibien2020. Félibien, 1676, p. 338-339. : définition du modèle en terre, prise d’empreinte de ce dernier avec du plâtre pour fabriquer un moule, pose d’une couche de terre sur la surface interne du moule, fabrication d’un noyau de plâtre à l’intérieur du moule, retrait du moule, retrait de la couche de terre, coulée du plomb en fusion. D’un point de fusion relativement bas (autour de 325 °C), le plomb est en fait un alliage comprenant près de 10 % d’étain. Après le retrait du moule, le sculpteur pouvait procéder à l’ébarbage (enlèvement des excroissances de métal), au réparage (réparation des accidents de coulée) et aux assemblages, par soudure, des éventuelles parties rapportées.

Le premier paiement relatif à la pose des ajutages, par les fondeurs Jacques Leloup et Pierre Lemaire, date de mai 16732121. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 700.. Les animaux de Versailles « semblent dans l’action mesme qu’ils représentent, d’autant plus que l’eau qu’ils jettent imite en quelque sorte la parole que la fable leur a donnée2222. Perrault, 1677, p. 4. ». Ainsi, l’eau, qui joue un rôle comparable à celui de la bulle dans la bande dessinée, forme une composante presque essentielle à la compréhension de ces sculptures. C’est semble-t-il ensuite que le peintre intervenait pour la mise en couleurs, par application de plusieurs couches de pigments et d’un vernis : Delarc et Herman furent rétribués à partir de juin 16732323. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 695..

Sculptures conservées

Immédiatement après la grille d’entrée du Labyrinthe, sur des socles ornés de rocailles, deux statues furent placées en vis-à-vis et se regardant L’Amour (MR 3455) à gauche, Ésope (MR 3457) à droite.

Jardins de Versailles - Vue de l’entrée du bosquet du Labyrinthe avec des nymphes et des Amours prenant des oiseaux dans leurs filets
fig. 5 - Jean Cotelle, Vue de l’entrée du bosquet du Labyrinthe avec des nymphes et des Amours prenant des oiseaux dans leurs filets (détail), vers 1688. Huile sur toile. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 730 © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet / Gérard Blot

Aucun élément sculpté n’a été conservé de la première fontaine, Le Duc et les Oiseaux (Vjs 1074), attribuée à Houzeau selon le plan de Stockholm (fig. 1). Outre Leclerc, le peintre Jean Cotelle l’a représentée en un grand tableau peint pour Trianon (fig. 5) : il est possible de dénombrer quelque cinquante-sept volatiles, pour la plupart perchés sur la niche de treillage. Les jets d’eau exprimaient le mépris des oiseaux pour la laideur du grand-duc, installé au centre du bassin : une configuration qui rappelait le dispositif du bassin de Latone (Vjs 656), à cette différence que le hibou était ici placé dans la partie inférieure de la composition.

Des trois animaux qui la composaient, le Coq (inv. 1850.8537) de la deuxième fontaine, Les Coqs et la Perdrix (Vjs 641), a été heureusement conservé : il s’agit d’une œuvre de Le Hongre, qui lui est attribuée autant par le mémoire de Guillet de Saint-Georges que par le plan de Stockholm (fig. 1).

De même, un des deux animaux de la troisième fontaine, Le Coq et le Renard (Vjs 675), a été conservé : le Renard (inv. 1850.8512), attribué à Tuby par le plan de Stockholm (fig. 1).

Rien n’a été conservé de la fontaine suivante, Le Coq et le Diamant (Vjs 1075), dont le seul animal, encore un Coq, est attribué à Le Hongre par le plan de Stockholm (fig. 1) et le mémoire de Guillet de Saint-Georges : il était placé sur un îlot au centre d’un bassin circulaire, selon un parti de présentation que l’on ne retrouve qu’à la fontaine 21 de ce circuit, Le Loup et la Grue (Vjs 657). De même, aucun des onze animaux de la fontaine 5, Le Chat pendu et les Rats (Vjs 1076), n’a subsisté : dus à Legros selon le plan de Stockholm (fig. 1), ils étaient répartis sur un buffet d’eau à volutes.

La fontaine 6, L’Aigle et le Renard (Vjs 476), illustrait les thèmes du combat sans merci livré entre espèces animales et de la fragilité de la progéniture. Composée d’une vasque portée sur un pied (inv. 1850.8549) – le nid des aiglons sur un tronc d’arbre, autour duquel s’enroule le renard pour y mettre le feu –, elle ne figure pas sur le plan de Stockholm (fig. 1) : son auteur n’est donc pas identifié. Elle a été conservée en grande partie, seuls les six aiglons ayant disparu, les traces de leurs pattes étant visibles à l’intérieur de la vasque.

La septième fontaine, Les Paons et le Geai (Vjs 648), introduisait le motif du paon, représenté trois fois au sein du circuit inférieur. Constituée de dix animaux, dont un magnifique Paon faisant la roue (inv. 1850.8538) heureusement conservé, elle est attribuée à Houzeau par le plan de Stockholm (fig. 1).

Parmi les pièces les plus remarquables aujourd’hui conservées, le Coq d’Inde (ou Dindon ; inv. 1850.8536) provient de la huitième fontaine, Le Coq et le Coq d’Inde (Vjs 670), qui comportait deux animaux. Selon le plan de Stockholm (fig. 1), ces éléments sculptés étaient dus à Mazeline.

De la neuvième fontaine, Le Paon et la Pie (Vjs 977), seul un animal a été conservé des treize protagonistes : un magnifique Paon (inv. 1850.8534), le plus complet des trois rescapés du Labyrinthe. Il est attribué aux frères Blanchard par le plan de Stockholm (fig. 1), ce que confirme une quittance signée des deux sculpteurs.

Les sculptures de la dixième fontaine, Le Serpent et la Lime (Vjs 500), sont attribuées par le plan de Stockholm (fig. 1) à Houzeau. Le Serpent (inv. 1850.8532) est figuré sous les traits d’un fabuleux dragon, imaginaire, exotique et terrifiant.

La quittance des frères Blanchard mentionnée à propos de la neuvième fontaine concerne également celle illustrant Le Singe et ses petits (Vjs 497), qui ne figure pas sur le plan de Stockholm (fig. 1). Cette onzième fontaine est formée d’une vasque soutenue par trois Singes (inv. 1850.8544 et inv. 1850.8548).

La douzième fontaine, Le Combat des animaux (Vjs 650), était la plus importante du bosquet. Selon le plan de Stockholm (fig. 1), elle avait été réalisée par les sculpteurs associés Legros et Massou. Assemblés sur un rocher formé de rocailles, de nombreux quadrupèdes, de même qu’une chauve-souris, tentaient d’atteindre de leurs jets les oiseaux perchés au sommet d’un pavillon de treillage formant une coupole. Produite par les jets émanant d’une cinquantaine d’animaux, une voûte liquide venait ainsi s’épanouir à l’intérieur du treillage. Quoique non explicitement montré par la gravure de Leclerc, l’Ourson (inv. 1850.8513) aujourd’hui conservé ne peut provenir que de cette fontaine. À l’instar de la première fontaine, celle illustrant Le Combat des animaux a été représentée par Cotelle (fig. 6) : ce dernier, adoptant un point de vue plus large que la gravure de Leclerc, montre aussi les deux groupes de Singe chevauchant un bouc (inv. 1850.8526 et inv. 1850.8527) placés de part et d’autre de l’allée qui permet au visiteur de poursuivre son parcours.

Jardins de Versailles - Vue du bosquet du Labyrinthe montrant la fontaine du Combat des animaux et les deux fontaines du Renard et de la Grue avec Diane et les nymphes
fig. 6 - Jean Cotelle, Vue du bosquet du Labyrinthe montrant la fontaine du Combat des animaux et les deux fontaines du Renard et de la Grue avec Diane et les nymphes (détail), vers 1688. Huile sur toile. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 731 © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Des deux fontaines suivantes, qui illustraient, l’une en face de l’autre, les deux épisodes (Le Renard et la Grue, Vjs 1077, et La Grue et le Renard, Vjs 893) d’un même apologue – dont La Fontaine fit sa célèbre fable « Le Renard et la Cigogne » –, aucun animal ne subsiste. Les quatre animaux étaient dus à Desjardins. Rien n’a subsisté non plus de la quinzième fontaine, La Poule et les Poussins (Vjs 1078), qui, en face, mettait en scène au moins deux poules et leurs poussins, menacés par un milan suspendu à l’arcade de treillage. Traitant encore des thèmes de la progéniture et de la cruauté animale, cette curieuse fontaine, où les poussins étaient enfermés dans une cage aux barreaux formés de jets d’eau, était due, selon le plan de Stockholm (fig. 1), au sculpteur Massou.

Attribué à Tuby par le plan de Stockholm (fig. 1), le magnifique Paon faisant la roue (inv. 1850.8539) a été préservé de la seizième fontaine, Le Paon et le Rossignol (Vjs 496), qui comprenait aussi quatre Rossignols. Au regard des deux autres Paons déjà évoqués, celui de Tuby se distingue par la qualité extrême et précise du traitement des grandes plumes.

Des trois animaux appartenant à la dix-septième fontaine, Le Perroquet et le Singe (Vjs 667), seul le Singe (inv. 1850.8543) a été conservé, attribué à Mazeline par le plan de Stockholm (fig. 1).

Les trois fontaines suivantes, Le Singe juge (Vjs 855), Le Rat et la Grenouille (Vjs 1079) et Le Lièvre et la Tortue (Vjs 1080), ne sont plus connues que par la gravure : elles étaient dues respectivement à Houzeau, Legros et Mazeline.

Due à Massou selon le plan de Stockholm (fig. 1), la vingt et unième fontaine, Le Loup et la Grue (Vjs 657), mettait en scène, au centre d’un petit bassin circulaire, les deux seuls protagonistes. Par chance, ces derniers ont été conservés (inv. 1850.8535 et inv. 1850.8514).

Si aucun élément sculpté ne subsiste de la vingt-deuxième fontaine, Le Milan et les Oiseaux (Vjs 1081), due à Le Hongre selon le plan de Stockholm (fig. 1), pas moins de cinq animaux (inv. 1850.8529, inv. 1850.8515, MV 7925, inv. 1850.8516 et inv. 1850.8517) de la fontaine suivante, Le Singe roi (Vjs 658) ont été conservés, tous dus à Mazeline.

La curieuse Tête de bouc (inv. 1850.8530) qui provient de la fontaine suivante, Le Renard et le Bouc (Vjs 499), n’est pas fragmentaire : selon le plan de Stockholm (fig. 1), elle est due à Houzeau.

La vingt-cinquième fontaine, Le Conseil des rats (Vjs 659), mettait en scène treize rats en train de délibérer : seul un Rat (inv. 1850.8518), aux proportions considérablement agrandies, a été préservé. Selon le plan de Stockholm (fig. 1), il est dû à Mazeline.

Rien ne subsiste des deux fontaines suivantes, Les Grenouilles et Jupiter (Vjs 1082) et Le Singe et le Chat (Vjs 1083). L’auteur de la première, qui ne figure pas sur le plan de Stockholm (fig. 1), n’est même pas connu. Elle traitait encore du thème de la royauté. En revanche, le sculpteur Legros est mis en relation avec la seconde, qui comportait deux protagonistes.

Placée à l’extrémité d’une allée, la vingt-huitième fontaine, Le Renard et les Raisins (Vjs 639), présentait une architecture de rocailles imitant les treilles de vigne, scandée par six jets d’eau symétriques. Les deux Renards (inv. 1850.8519 et inv. 1850.8520) conservés sont dus à Desjardins selon le plan de Stockholm (fig. 1).

Aucun des trois animaux – dont un coléoptère, lui aussi considérablement agrandi – de la fontaine suivante, L’Aigle, le Lapin et l’Escarbot (Vjs 1084), ne subsiste : selon le plan de Stockholm (fig. 1), ils étaient dus à Massou.

Quatre Loups (inv. 1850.8521, inv. 1850.8522, inv. 1850.8524 et inv. 1850.8523) peuvent être rattachés à la trentième fontaine, Le Loup et le Porc-épic (Vjs 649), attribuée à Le Hongre par le plan de Stockholm (fig. 1). Selon le Mémoire historique des principaux ouvrages de M. Magnier le père de Guillet de Saint-Georges, Laurent Magnier aurait sculpté deux des Loups de cette fontaine, « chacun à un côté du hérisson2424. Guillet de Saint-Georges, [1687], p. 420. ». Il n’est pas impossible que Le Hongre ait eu recours, dans le cadre d’une sous-traitance, aux services de Magnier, qui n’était pas encore membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture. De fait, deux paires de Loups peuvent être distinguées : deux Loups (inv. 1850.8522 et inv. 1850.8524) aux cuisses osseuses, au dos massif et au pelage libre, et deux Loups (inv. 1850.8521 et inv. 1850.8523) aux cuisses rondes, au dos soigneusement articulé en fonction du squelette et au pelage soulignant l’anatomie. Il est tentant de considérer ces derniers comme l’œuvre de Le Hongre, sculpteur plus talentueux et alors plus confirmé que Magnier.

Mise en valeur par une niche en treillage, la trente et unième fontaine, Le Serpent à plusieurs têtes (Vjs 666), réalisée par Mazeline selon le plan de Stockholm (fig. 1), comportait deux monstres, une Hydre et un Dragon (inv. 1850.8533). Seul ce dernier a été conservé.

Aucun élément ne subsiste des deux fontaines suivantes, La Souris, le Chat et le petit Coq (Vjs 1085) et Le Milan et les Colombes (Vjs 1086). Selon le plan de Stockholm (fig. 1), la première était due à Desjardins, la seconde à Tuby.

Déjà signalée, la contradiction entre le plan de Stockholm (fig. 1) et les comptes des Bâtiments du roi doit être résolue en faveur de ces derniers pour attribuer à Sibrayque le Dauphin (inv. 1850.8531) subsistant de la trente-quatrième fontaine, Le Dauphin et le Singe (Vjs 494). Le pied du singe est encore visible sur la sculpture lacunaire, qui formait à l’origine le groupe placé au centre du bassin.

Selon le plan de Stockholm (fig. 1), les deux fontaines suivantes étaient dues à Mazeline. Aucun élément n’a été conservé de la première, Le Renard et le Corbeau (Vjs 1087), mais les deux animaux (inv. 1850.8540 et inv. 1850.8541) de la seconde, Le Cygne et la Grue (Vjs 660), sont encore existants. Cette fontaine est également connue par un dessin attribué à Jacques-André Portail et autrefois localisé en collection particulière (fig. 7).

Jardins de Versailles - Le Cygne et la Grue
fig. 7 - Jacques-André Portail (attr. à), Le Cygne et la Grue, vers 1740. Dessin. Collection particulière © Château de Versailles

De la trente-septième fontaine, Le Loup et la Tête (Vjs 642), confiée à Le Hongre selon le plan de Stockholm (fig. 1) et le mémoire de Guillet de Saint-Georges, le Loup (inv. 1850.8525) a été conservé.

En revanche, rien ne subsiste des deux dernières fontaines du bosquet, Le Serpent et le Porc-épic (Vjs 1088) et Les Canes et le Barbet (Vjs 1089), dues respectivement à Mazeline et à Houzeau selon le plan de Stockholm (fig. 1). Abritée par un pavillon en treillage (dont l’extérieur est visible en arrière-plan sur la gravure de Leclerc relative à la vingt-troisième fontaine), la fontaine illustrant Les Canes et le Barbet est la seule explicitement mentionnée par Louis XIV dans sa Manière de montrer les jardins de Versailles2525. Manière de montrer les jardins de Versailles, 1694, p. 27.. Elle était dotée d’un mécanisme hydraulique qui permettait aux canes de tourner en rond et au chien d’aboyer à leur poursuite, sans jamais pouvoir les atteindre. C’est cet effet d’eau qui a introduit une confusion fréquente et durable entre cette fontaine et celle dite du Gouffre qui fut réalisée, par Houzeau et Mazeline, autour de 1680, dans le bosquet de la Galerie d’Eau2626. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1283..

Les vases du Labyrinthe

Le tableau de Cotelle représentant Le Combat des animaux (fig. 6) montre aussi, dans l’allée devant la fontaine, deux vases couverts. Ces derniers sont disposés sur des socles en marbre de Languedoc. Ils sont identifiables aux vases de marbre inventoriés en 17222727. Inventaire des sculptures, 1722, p. 122..

On le sait par les comptes des Bâtiments du roi, le marbrier Jean Cuvillier fut rétribué en 1687 pour avoir réalisé des piédestaux de marbre de couleur et, en 1698, les frères Philippe et Simon Mazière pour deux guéridons carrés de marbre blanc et un piédestal en marbre de Languedoc placés autour de la deuxième fontaine, Les Coqs et la Perdrix2828. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 1185, et t. IV, col. 353..

Le sculpteur Claude Bertin fut rétribué pour avoir restauré dix vases de marbre de couleur en 1688, deux en 16972929. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. III, col. 37, et t. IV, col. 167.. Selon l’inventaire de 1694, « six petits vases de marbre de couleur » (Vjs 1234) étaient disposés au Labyrinthe3030. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1erjanvier 1694, no 338..

Jardins de Versailles - Plan du Labyrinthe
fig. 8 - Jean Chaufourier, Plan du Labyrinthe, 1720. Aquarelle. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Vms 64, pl. 14 © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Hervé Lewandowski

En 1720, le plan du Labyrinthe qui figure dans le recueil de Jean Chaufourier (fig. 8) indique la présence de quatorze socles, outre ceux qui portent les statues de l’entrée du bosquet. Quatre d’entre eux sont associés à la vingt-deuxième fontaine, qui illustre Le Milan et les Oiseaux : il s’agit vraisemblablement de ceux qui portaient les aiguières de bronze de Francesco Bordoni (MR 3440, MR 3441, MR 3442 et MR 3443), exécutées en 1603-1604 pour les jardins de Fontainebleau3131. Cat. exp. Bronzes français, 2008, p. 158-159.. Selon un mémoire du sculpteur Jean Hardy, elles furent installées entre janvier et juin 17123232. Mémoire de sculpture par Hardy, 1712. : « Avoir soudé et rivé deux testes de dragons et deux vazes de bronze et avoir fait des trous de boucharde dans quatre piédestaux de marbre et y avoir posé et scellé en plomb les quatre vazes de bronze et y avoir mis des goujons de fer dedans pour les retenir sur les pieds d’estaux où a été employé sept jours de sculpteur. »

L’inventaire de 1722 mentionne aussi la présence de deux urnes de marbre antique « de 2 pieds 9 pouces de haut et un pied 3 pouces de diamettre, sur le corps de laquelle sont des canaux, et sur la panse des godrons ; deux consoles forment des anses, au haut de chacune desquelles sont des mascarons. La plinte du pied a 5 pouces en quarré. Elle est mutilée et est posée sur un pied de marbre de Languedoc3333. Inventaire des sculptures, 1722, p. 122. ».
Cette description invite à identifier ces urnes (Vjs 1141) aux deux vases représentés sur le tableau de Cotelle (fig. 6). Il est également probable que ces urnes fassent partie des « six petits vases de marbre de couleur » (Vjs 1234) inventoriés en 1694 au bosquet du Labyrinthe.

Entretien des sculptures

Les sculptures furent l’objet d’interventions d’entretien, confiées en 1682 et 1685 à François Fontelle, en 1694 et 1701 à Claude Bertin3434. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 207 et 617, t. III, col. 966-967, et t. IV, col. 708..

En 1715, le serrurier Languedoc réalisa six ressorts pour remettre en état le mécanisme de la dernière fontaine, Les Canes et le Barbet (Vjs 1089)3535. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. V, col. 761..

La polychromie des sculptures en plomb fut restaurée dès 1678, par le peintre Jacques Bailly, puis en 1712 et 1713 par les peintres Nicolas Spazement et Antoine Desauziers3636. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1063, et t. V, col. 589 et 674..

D’autres interventions sont attestées au xviiie siècle : celle des peintres Jean-Baptiste Blin de Fontenay et François Desportes en 1722, celle du peintre Dubois en 1737, tandis que Jacques Bailly (fils de Nicolas et père de Jean-Sylvain, le futur maire de Paris) fut chargé de l’entretien courant3737. Comptes des Bâtiments du roi, 1722-1768, passim..

Destruction du bosquet et disparition de sculptures

En 1766, Boquillon, garde-bosquet des jardins de Versailles, indiqua au marquis de Marigny que le bosquet du Labyrinthe comportait alors trois cent trente animaux, répartis en cent quatre-vingt-quatorze oiseaux et cent trente-six quadrupèdes3838. Requête de Bosquillon au marquis de Marigny, [1766]..

Moins de dix ans après, le bosquet fut détruit dans le cadre de la replantation générale des jardins du château, entre décembre 1774 et octobre 17763939. Rôle des journées d’ouvriers et voitures employées en décembre 1774. Dans le même dossier, une note d’Hazon indique, à la date du 22 octobre 1775, que le défoncement du Labyrinthe n’a pas encore eu lieu. Un poids de 85 500 livres de plomb provenant du Labyrinthe est mentionné par l’État des matériaux provenant de démolitions dans les jardins de Versailles, 10 octobre 1775, document qui précise que les animaux du bosquet ne sont pas concernés, pas plus que les conduites enterrées.. À cette dernière date, la destruction du bosquet était consommée et les éléments en plomb récupérés lors de la démolition avaient été transférés au bosquet de la Colonnade4040. Lettre d’Hazon à Cuvillier du 27 octobre 1776..

Quoique mutilées par la destruction du système hydraulique, les sculptures en plomb du Labyrinthe ne furent pas recyclées pour fournir du métal à toutes sortes d’usages, contrairement à d’autres éléments métalliques provenant du bosquet disparu4141. Registre du magasin des plombs, 1776-1778, fol. 79v-80, 13 et 20 décembre 1777.. Elles furent transférées dans un premier temps au bosquet de la Colonnade et un Nota porté sur le registre des plombs concernant 1777 précise qu’en vertu de l’ordre donné par le comte d’Angiviller, elles ont été entreposées au magasin des Sables (situé à l’extrémité de l’avenue de Sceaux)4242. Registre du magasin des plombs, 1776-1778, fol. 82v..

Un mémoire de la même année signale leur mauvais état et ajoute que « pour les rétablir dans l’état originaire, y introduire le même ton, il faudrait faire beaucoup de dépense et peut-être posséder les mêmes artistes4343. Mémoire relatif aux bosquets du Labyrinthe et des Bains d’Apollon, 23 décembre 1777. ». En 1778, une requête fut adressée au comte d’Angiviller par un certain M. de Richeprey4444. Requête de Richeprey au comte d’Angiviller, 12 novembre-19 décembre 1778. : ce dernier souhaitait récupérer quelques sculptures en plomb susceptibles de servir de modèles aux faïenciers d’une manufacture lorraine dont le nom n’est pas précisé. La réponse du directeur général des Bâtiments du roi fut dilatoire : les plombs seraient mis en vente, mais plus tard.

Les sculptures rescapées du bosquet du Labyrinthe ne furent en fait jamais vendues et on en trouve encore la trace en 1789, à l’occasion de leur transfert du magasin des Sables à l’hôtel des Inspecteurs (situé dans l’actuelle rue Hardy à Versailles) : il est alors précisé qu’elles étaient entreposées au magasin des Sables depuis treize ou quatorze ans4545. Registre des journaliers extraordinaires du magasin des bâtiments, 1785-1806, fol. 58v..

En janvier 1797, à la demande d’Antoine Le Roy, architecte du palais et un des conservateurs du musée, elles furent remises à l’administration du muséum national de Versailles4646. Registre des plomb, soudure, cuivre, potin et menuiserie, 1789-1802, fol. 101v-102 ; autre version dans Registre du magasin des bâtiments nationaux, 1796-1802, fol. 23.. C’est à cette occasion qu’elles furent inventoriées pour la première fois : la liste qui en fut alors dressée recense, outre les statues d’Ésope (MR 3457) et de L’Amour (MR 3455), vingt singes, trois lièvres, dix-neuf chiens ou caniches, six pigeons, quinze perroquets, onze aigles, deux pélicans, six crapauds, neuf coqs, soixante-dix-huit « oiseaux de toutes espèces », dix perdrix, « dont six sur un plat », un hérisson, quinze souris, trois hiboux, dix-neuf dindons, trois cochons, quatre grenouilles, un serpent, sept lapins, trois porcs-épics, deux ducs, une « tête en figure d’homme », treize renards, cinq paons, un chat-huant, un morceau de conduite, une demie couronne, trois canards, cinq chats, quatre pintades, dix loups, trois poules, quatre levrettes, cinq boucs, une « bête à cinq têtes », une oie, un tigre, une tortue, deux autruches, un ours, deux dragons volants, un léopard, un groupe de chèvre et singe, un groupe d’une chatte allaitant son petit, une belette, un feu, un dauphin, deux guéridons et deux coquilles. Un Nota précise que « toutes ces pièces sont mutilées de différentes manières par le changement de transport qu’elles ont éprouvées différentes fois et par le poids énorme dont elles sont composées ».

La liste des trois cent quatorze éléments conservés et recensés fut remise le 30 nivôse an V (19 janvier 1797) au citoyen Le Roy.

La disparition de la majeure partie des plombs du Labyrinthe n’est donc pas imputable à l’incurie supposée de la Direction générale des Bâtiments du roi, mais elle s’est produite, à une date qui reste à déterminer, lorsque ces derniers étaient gérés par le muséum national, devenu musée spécial de l’École française en mars 17974747. En 1812, une liste des « Objets mis en dépôt et dont les anciennes destinations sont en partie supprimées » fut dressée : elle mentionne un chien et cinq canards provenant du Labyrinthe, probablement de la dernière fontaine (Registre journal du château de Versailles et dépendances, 1812, fol. 137v)..

En 1828, un document comptable mentionne le transfert de quarante-six plombs du Labyrinthe du château d’eau (situé dans l’actuelle rue du Peintre-Lebrun) « dans une salle à rez-de-chaussée au-dessous des petits appartements donnant sur la cour Royale4848. Propositions de paiements à Beaumont pour restaurations, novembre 1827-juillet 1829, proposition de paiement du 14 janvier 1829. ». En 1832, trente-six de ces plombs furent transférés de ce dernier local à un dépôt sis cour de l’Opéra4949. Mémoire de sculpture et transport de sculptures par Beaumont, 19 juillet 1832..

Cependant qu’ils se trouvaient au magasin de la Chancellerie, les plombs furent inventoriés une nouvelle fois en 1850 : en ajoutant un Singe très probablement oublié (MV 7925), ils formaient désormais une collection de trente-sept éléments, dont les statues d’Ésope (MR 3457) et de L’Amour (MR 3455)5050. Inventaire de Versailles de 1850, p. 488-489, no 8507, 8511-8527, 8529-8544 et 8548-8550..

En 1879, le conservateur Louis Clément de Ris devait déplorer le sort de ces plombs5151. Lettre de Clément de Ris à Barbet de Jouy du 6 septembre 1879. : après avoir été transportés au rez-de-chaussée de l’aile du Midi à l’initiative de son prédécesseur Eudore Soulié, ils avaient dû être évacués en 1875, du fait de l’installation de la Chambre des députés, et remisés dans une cave sombre et humide.

En 1886, les statues d’Ésope (MR 3457) et de L’Amour (MR 3455) furent replacées dans les jardins du château, au bosquet de l’Arc de triomphe5252. Correspondance des conservateurs du musée de Versailles, 1884-1887, p. 127, lettre du 21 juin 1886. : elles furent alors l’objet d’une intervention du sculpteur Alfred Pallier et, pour leur remise en peinture, d’Alfred Leclerc, qui était l’architecte du château5353. Jehan, 1901, p. 7..

Entreposé depuis 1907 dans la réserve de l’aile Gabriel au château, le reste de la collection fut présenté au public en 1921, dans le cadre d’une exposition temporaire organisée par la Société des Amis de Versailles5454. Brière, Pératé, 1922, p. 15..

Jardins de Versailles - Vue d’une salle du musée de la Vieille-Aile
fig. 9 - France-xxe siècle, Vue d’une salle du musée de la Vieille-Aile, vers 1922. Photographie. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (Service des Archives), M5020_NV_2583 © Château de Versailles

L’année suivante, la constitution du musée de la Vieille-Aile (fig. 9) permit la mise à l’abri définitive des statues d’Ésope (MR 3457) et de L’Amour (MR 3455), tandis que plusieurs des plombs furent l’objet d’une intervention du sculpteur et fondeur Alexis Rudier5555. Brière, Pératé, 1922, p. 5.. C’est ainsi que ce dernier restitua en plâtre certaines parties manquantes, comme le bras dextre du singe du groupe du Singe chevauchant un bouc (inv. 1850.8526).

Les achats de 1948 et 1951 vinrent étoffer la collection : Le Loup et la Tête (MV 7941 ; fig. 10) et Le Dauphin et le Singe (fig. 11), deux groupes dont des fragments (inv. 1850.8525 et inv. 1850.8531) étaient pourtant déjà conservés à Versailles. De fait, réalisées selon le procédé de la fonte au sable, ces sculptures datent donc du xixe siècle, voire du début du xxe siècle. La première d’entre elles fut d’ailleurs vendue par Paul Gouvert, qui s’était spécialisé dans la production de sculptures provenant de Versailles5656. Maral, 2012, p. 169..

Jardins de Versailles - Le Loup et la Tête
fig. 10 - France-xxe siècle, d’après Étienne Le Hongre, Le Loup et la Tête. Statue en plomb. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 7941 © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / image RMN-GP
Jardins de Versailles - Le Dauphin et le Singe
fig. 11 - France-xxe siècle, d’après Georges Sibrayque, Le Dauphin et le Singe. Groupe en plomb. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 7601 © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Entre 1973 et 1976, le fondeur Lucien Toulouse intervint – semble-t-il assez drastiquement – sur l’ensemble de la collection, qui fut ensuite présentée dans une réserve visitable de la Grande écurie, sur des socles en bois datant du musée de la Vieille-Aile ou sur de nouveaux socles en marbre de Languedoc5757. Hoog, 1988..

En 2002, l’installation de l’Académie du spectacle équestre obligea à évacuer les œuvres dans une nouvelle réserve, aménagée à la hâte dans la Petite écurie. Depuis lors, cette collection n’est plus visible et son mauvais état en fait un patrimoine en péril, affecté par des phénomènes de fissurations, d’affaissements du plomb, de pertes de polychromie et, surtout, d’oubli.

En 2009, les deux groupes de Singe chevauchant un bouc (inv. 1850.8526 et inv. 1850.8527) ont figuré dans l’exposition « Louis XIV, l’homme et le roi », où ils furent remarqués5858. Cat. exp. Louis XIV, 2009, p. 332-336.. En 2021, une vingtaine de plombs du Labyrinthe ont été retenus pour figurer dans l’exposition « Animaux du roi »5959. Cat. exp. Les Animaux du Roi, 2021, p. 244-255.. À l’issue de cette dernière, depuis 2022, un ensemble remarquable de plombs du Labyrinthe, dont les statues d’Ésope (MR 3457) et de L’Amour (MR 3455), est présenté dans la salle des Hoquetons. Ainsi, une part notable de la collection se trouve restituée au public.

Quoique terriblement maltraitées depuis 1775, les sculptures du Labyrinthe sont dans un état d’authenticité assez remarquable – notamment au regard des autres sculptures de plomb des jardins – et, par-dessus tout, elles forment un ensemble unique au monde de sculpture animalière du xviie siècle.

1. France-xviie siècle, vers 1665. Ce texte est une version remaniée de l’essai publié dans Cat. exp. Le Labyrinthe de Versailles, 2013, p. 42-61.
2. France-xviie siècle, 1666.
3. Rapport de Petit à Colbert du 18 septembre 1666.
4. Hedin, 2012, p. 182.
5. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 624.
6. Agence des Bâtiments du roi (fonds Robert de Cotte), vers 1700, no 1965 et 1965-2 (microfilms F 001691 et F 001692).
7. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 677.
8. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 616-618.
9. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 696-697 et 762. Comme l’a justement remarqué Antoine Maës (Maës, 2019, p. 230, note 1260), Jules Guiffrey mentionne par erreur un paiement de 1 000 livres à Thomas Regnaudin « à compte des animaux du Labyrinte » (Comptes des Bâtiments du roi, 1664-1715, t. I, col. 696) : cette somme a été versée à Regnaudin pour son travail au bassin de Cérès (Paris, Archives nationales, O/1/2135, fol. 31r). Le sculpteur François Temporiti fut quant à lui chargé uniquement de l’exécution des bancs du bosquet du Labyrinthe.
10. Maral, 2010-2.
11. Perrault, [1673] ; Perrault, [1673]-1.
12. Félibien, 1674, p. 83-87.
13. Combes, 1681, p. 111-119 ; Mercure galant, novembre 1686, p. 147-151.
14. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1erjanvier 1694, no 338.
15. Préaud, 1980, p. 211-221.
16. Foucart, Walter, 2001 ; Mabille, Pieragnoli, 2010.
17. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 761 et 696.
18. Quittances de peintres, sculpteurs et architectes, 1535-1711, p. 53, quittance du 7 juillet 1674 ; Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, 1648-1792, t. II, vol. 1, p. 349 (Conférence de Guillet de Saint-Georges du 3 mars 1691).
19. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1686, p. 101.
20. Félibien, 1676, p. 338-339.
21. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 700.
22. Perrault, 1677, p. 4.
23. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 695.
24. Guillet de Saint-Georges, [1687], p. 420.
25. Manière de montrer les jardins de Versailles, 1694, p. 27.
26. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1283.
27. Inventaire des sculptures, 1722, p. 122.
28. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 1185, et t. IV, col. 353.
29. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. III, col. 37, et t. IV, col. 167.
30. Inventaire des sculptures des jardins de Versailles, 1erjanvier 1694, no 338.
31. Cat. exp. Bronzes français, 2008, p. 158-159.
32. Mémoire de sculpture par Hardy, 1712.
33. Inventaire des sculptures, 1722, p. 122.
34. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. II, col. 207 et 617, t. III, col. 966-967, et t. IV, col. 708.
35. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. V, col. 761.
36. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1063, et t. V, col. 589 et 674.
37. Comptes des Bâtiments du roi, 1722-1768, passim.
38. Requête de Bosquillon au marquis de Marigny, [1766].
39. Rôle des journées d’ouvriers et voitures employées en décembre 1774. Dans le même dossier, une note d’Hazon indique, à la date du 22 octobre 1775, que le défoncement du Labyrinthe n’a pas encore eu lieu. Un poids de 85 500 livres de plomb provenant du Labyrinthe est mentionné par l’État des matériaux provenant de démolitions dans les jardins de Versailles, 10 octobre 1775, document qui précise que les animaux du bosquet ne sont pas concernés, pas plus que les conduites enterrées.
40. Lettre d’Hazon à Cuvillier du 27 octobre 1776.
41. Registre du magasin des plombs, 1776-1778, fol. 79v-80, 13 et 20 décembre 1777.
42. Registre du magasin des plombs, 1776-1778, fol. 82v.
43. Mémoire relatif aux bosquets du Labyrinthe et des Bains d’Apollon, 23 décembre 1777.
44. Requête de Richeprey au comte d’Angiviller, 12 novembre-19 décembre 1778.
45. Registre des journaliers extraordinaires du magasin des bâtiments, 1785-1806, fol. 58v.
46. Registre des plomb, soudure, cuivre, potin et menuiserie, 1789-1802, fol. 101v-102 ; autre version dans Registre du magasin des bâtiments nationaux, 1796-1802, fol. 23.
47. En 1812, une liste des « Objets mis en dépôt et dont les anciennes destinations sont en partie supprimées » fut dressée : elle mentionne un chien et cinq canards provenant du Labyrinthe, probablement de la dernière fontaine (Registre journal du château de Versailles et dépendances, 1812, fol. 137v).
48. Propositions de paiements à Beaumont pour restaurations, novembre 1827-juillet 1829, proposition de paiement du 14 janvier 1829.
49. Mémoire de sculpture et transport de sculptures par Beaumont, 19 juillet 1832.
50. Inventaire de Versailles de 1850, p. 488-489, no 8507, 8511-8527, 8529-8544 et 8548-8550.
51. Lettre de Clément de Ris à Barbet de Jouy du 6 septembre 1879.
52. Correspondance des conservateurs du musée de Versailles, 1884-1887, p. 127, lettre du 21 juin 1886.
53. Jehan, 1901, p. 7.
54. Brière, Pératé, 1922, p. 15.
55. Brière, Pératé, 1922, p. 5.
56. Maral, 2012, p. 169.
57. Hoog, 1988.
58. Cat. exp. Louis XIV, 2009, p. 332-336.
59. Cat. exp. Les Animaux du Roi, 2021, p. 244-255.