Alexandre Maral, avec la collaboration de Cyril Pasquier
Les catalogues raisonnés d'inventaire de collection de musée produits par la RMN-GP
Logotype du château de Versailles
Jardins de Versailles Ensembles thématiques Petite Commande

Petite Commande

Ainsi dénommée par Thomas Hedin, la Petite Commande correspond à un ensemble de huit sculptures de pierre commandées en 1664 à Philippe de Buyster et à Louis Lerambert11. Hedin, 2004.. Les frères Perrault, Charles et Claude, participèrent probablement à la définition de ce programme, tributaire du genre burlesque.

Chacune des sculptures, d’une hauteur de 7 pieds (230 cm environ), fut rétribuée 450 livres.

Les œuvres furent disposées en 1666 au nord des jardins, dans des niches de verdure aménagées autour du bassin circulaire dit le Rondeau ou le Grand Rondeau, futur bassin du Dragon. De part et d’autre de chacune des allées menant au bassin du Rondeau, les œuvres furent disposées par paires, une figure féminine étant placée en face d’une figure masculine.
La Joueuse de tambourin et satyre (Vjs 827) et le Satyre accompagné d’un petit satyre (Vjs 830), deux groupes dus à Buyster, furent disposés de part et d’autre de l’entrée de la future allée d’Eau, respectivement à l’est et à l’ouest.
Également de Buyster, la Nymphe tenant une couronne de chêne (Vjs 828) répondit au Satyre tenant une grappe de raisin et une flûte de pan (Vjs 829). Ils furent disposés au nord, la première à l’ouest, le second à l’est.
Le Faune (Vjs 866) et la Joueuse de tambourin et Amour (Vjs 868) de Lerambert furent installés à l’est, le premier au nord, la seconde au sud.
Le Satyre (Vjs 869) et l’Hamadryade ou danseuse (Vjs 867) de Lerambert furent installés à l’ouest, le premier au sud, la seconde au nord.

La statuette en terre cuite de l’Hamadryade ou danseuse de Lerambert, probablement préparatoire à l’œuvre en pierre, est visible sur le portrait du sculpteur par Alexis-Simon Belle (fig. 1).

Jardins de Versailles - Portrait de Louis Lerambert (1620-1670)
fig. 1 - Alexis-Simon Belle, Portrait de Louis Lerambert (1620-1670), 1704. Huile sur toile. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 3518 © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Les œuvres de la Petite Commande furent gravées par François Chauveau (Statue d’une danseuse, 1675 ; Statue d’une joueuse de tambour, 1675) et par Jean Lepautre (Statue d’un faune, 1672 ; Statue d’une joueuse de tambour, 1672 ; Statue d’une nymphe tenant une couronne de chesne, 1672 ; Statue d’un satyre, 1675 ; Statue d’un satyre tenant une grappe de raisin, 1672 ; Statue d’un satyre accompagné d’un petit satyre, 1675).

Les œuvres de la Petite Commande ne sont pas mentionnées par la Description sommaire du chasteau de Versailles d’André Félibien, publiée en 1674.

En situation inversée, la Joueuse de tambourin et satyre (Vjs 827) et le Satyre accompagné d’un petit satyre (Vjs 830) de Buyster sont visibles, de part et d’autre de l’entrée de l’allée d’Eau, sur la gravure d’Israël Silvestre publiée en 1676, Veue du chasteau de Versailles du costé de l’allée d’Eau et de la fontaine du Dragon (fig. 2).

Jardins de Versailles - Veue du chasteau de Versailles du costé de l'allée d'Eau et de la fontaine du Dragon
fig. 2 - Israël Silvestre, Veue du chasteau de Versailles du costé de l'allée d'Eau et de la fontaine du Dragon, 1676. Gravure. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, GR 157 © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Les sculptures de la Petite Commande furent transférées autour du bassin d’Apollon, où elles sont signalées par le guide de Combes22. Combes, 1681, p. 103. : « Autour de cette fontaine [bassin d’Apollon], proche le canal, sont posées huit statues de pierre, faites par le sieur Lerembert. Ce sont des satyrs et des bacantes de la compagnie de Baccus. Elles sont faites à plaisir et pour servir d’ornement à ce grand bassin. »

Les sculptures de la Petite Commande ne sont pas mentionnées par l’« Estat présant des figures qui sont dans le petit parc de Versailles » en 1686.

Non daté, mais lié à l’inventaire de 1686, un plan (fig. 3) permet de localiser les sculptures de la Petite Commande, dont les socles sont figurés par de petits carrés.
La partie située à l’ouest du bassin d’Apollon présentait alors une configuration différente : deux parois de charmilles s’interposaient entre le bassin d’Apollon et les allées d’Apollon au Grand Canal – un dispositif rappelant celui du bassin du Rondeau.

Jardins de Versailles - Plan du bassin d'Apollon et teste du Canal
fig. 3 - Agence des Bâtiments du roi, Plan du bassin d'Apollon et teste du Canal, [1686]. Dessin. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, FOL-VA-78 (F, 2), microfilm B 9577 © Bibliothèque nationale de France

La Joueuse de tambourin et Amour (Vjs 868) et le Satyre (Vjs 869) de Lerambert sont représentés contre la paroi de charmilles méridionale, respectivement au sud et à l’ouest, sur la gravure de Louis de Chastillon, Fontaine d’Apollon, à la teste du Grand Canal de Versailles (fig. 4), publiée en 1683.

Jardins de Versailles - Fontaine d'Apollon, à la teste du Grand Canal de Versailles
fig. 4 - Louis de Chastillon, Fontaine d'Apollon, à la teste du Grand Canal de Versailles, 1683. Gravure. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, GR 155, pl. 19 © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Dans son « Mémoire historique des ouvrages de M. Buyster », lu à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 7 octobre 1690, Georges Guillet de Saint-Georges précisa que les huit figures de pierre étaient situées, autour du bassin d’Apollon, « sur les angles des palissades qui s’y terminent33. Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, 1648-1792, t. II, Paris, 2008, vol. I, p. 289-301, à la p. 298. ».

Les sculptures de la Petite Commande furent gravées, inversées, au sein du recueil de Simon Thomassin, entrepris en 1689 et publié en 169444. Thomassin, 1694, pl. 80-82, 114, 115, 122, 124 et 128..

Dans son « Mémoire historique des ouvrages de sculpture de M. Lerambert », lu à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 7 mars 1693, Georges Guillet de Saint-Georges indique que les figures de la Petite Commande « ont été longtemps à Versailles, posées autour du bassin d’Apollon, mais, depuis un mois, elles ont été portées au jardin du Palais-Royal et posées autour d’un des nouveaux bassins où M. Le Nôtre fait présentement travailler55. Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, 1648-1792, t. II, Paris, 2008, vol. II, p. 501-508, aux p. 505-506. ».
Leur transport de Versailles à Paris fut rétribué en février 169366. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. III, col. 855, paiement du 8 février au fils de Daniel Fossier (garde du magasin des marbres), chargé du transport des sculptures..

Les statues du Faune (Vjs 866) et de l’Hamadryade ou danseuse (Vjs 867) ont été représentées par Gabriel de Saint-Aubin en 1773 et 1774 alors qu’elles ornaient les jardins du Palais-Royal77. Washington, National Gallery of Art, Rosenwald Collection, 1961.17.64 (voir Cat. exp. Renaissance to Revolution, 2009, p. 158-159, cat. 68) ; Londres, British Museum, inv. 986-5-10-18 (voir Cat. exp. French Drawings, 2005, no 54) ; Catalogue de vente Sotheby’s-New York, 28 janvier 2015, p. 96-97 (lot 84)..

Les sculptures de la Petite Commande disparurent en 1782.

1. Hedin, 2004.
2. Combes, 1681, p. 103.
3. Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, 1648-1792, t. II, Paris, 2008, vol. I, p. 289-301, à la p. 298.
4. Thomassin, 1694, pl. 80-82, 114, 115, 122, 124 et 128.
5. Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, 1648-1792, t. II, Paris, 2008, vol. II, p. 501-508, aux p. 505-506.
6. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. III, col. 855, paiement du 8 février au fils de Daniel Fossier (garde du magasin des marbres), chargé du transport des sculptures.
7. Washington, National Gallery of Art, Rosenwald Collection, 1961.17.64 (voir Cat. exp. Renaissance to Revolution, 2009, p. 158-159, cat. 68) ; Londres, British Museum, inv. 986-5-10-18 (voir Cat. exp. French Drawings, 2005, no 54) ; Catalogue de vente Sotheby’s-New York, 28 janvier 2015, p. 96-97 (lot 84).